Dans la France du début du 21ème siècle, en principe, nos enfants sont scolarisés, toute personne peut être soignée, on ne meurt plus de faim, nous n’avons pas de prisonniers politiques, et surtout, distractions et loisirs sont à portée de main. Mais alors, de quoi se plaint-on ? Ne pourrions-nous pas nous contenter d’un tel monde ?

Revenons quelques années en arrière. Une époque où j’avais fait mienne l’idée de J Attali selon laquelle « les nations allaient devenir des hôtels où l’on poserait provisoirement ses valises ». Un monde peuplé de « citoyens du monde », partageant la même envie de vivre ensemble, un monde où la liberté économique promettait d’apporter définitivement emploi et prospérité pour tous. A cette époque, nous étions tous « progressistes » et les « conservateurs » nous faisaient horreur.

Aujourd’hui, nous connaissons les conséquences de cette vision idéalisée : un chômage de masse dans certains pays, une pauvreté galopante dans d’autres et surtout une interrogation profonde sur les valeurs progressistes qui nous avaient été promises. Nous sommes de plus en plus nombreux à penser que le monde va mal. Nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre que ce sont les équilibres profonds de notre vie qui sont bouleversés, et que ce changement se produit sans nous. Et nous avons raison !

Nous vivons une époque où des puissances inhumaines de plus en plus gigantesques – techniques, économiques, religieuses… se dressent contre l’individu. Dans Un peu d’air frais, le roman que Georges Orwell écrit à la veille de la Seconde Guerre mondiale[1], le personnage principal Georges Bowling explique :  » Je ne suis pas un imbécile, mais je ne suis pas non plus un intellectuel. En temps normal, mon horizon ne dépasse pas celui du type moyen de mon âge, qui gagne sept livres par semaines et qui a deux gosses à élever. Et pourtant, j’ai assez de bon sens pour voir que l’ancienne vie à laquelle nous sommes accoutumés est en voie d’être détruite jusque dans ses racines. Je sens que ça vient. Je vois la guerre qui approche et l’après-guerre, les queues devant les magasins d’alimentation, la police secrète et les haut-parleurs qui vous disent ce qu’il faut penser. Et je ne suis pas le seul dans ce cas. Il y en a des millions comme moi. Les types ordinaires que je croise partout, les types que je rencontre dans les pubs, les conducteurs d’autobus, les représentants en quincailleries – tous se rendent compte que le monde va mal ».

Nous voyons bien que d’autres décident pour nous[2], qu’ils se sont déjà écartés de nous et évoluent dans un monde différent du notre. Les membres de cette nouvelle classe, se rêvent «citoyens du monde» mais n’acceptent «aucune des obligations que la citoyenneté dans une forme de cité sous-entend normalement». Ils se sont «retirés de la vie commune et ne veulent plus payer pour ce qu’ils ont cessé d’utiliser[3]».

Un certain nombre de Français ont le sentiment d’avoir sous les yeux le spectacle d’un monde qui leur échappe ; mais ce qui est grave, c’est la résignation avec laquelle ils l’acceptent. Et c’est là le vrai danger qui nous guette. Il n’est ni économique car nos ressources sont énormes, ni démocratique car chacun est libre de voter pour le candidat de son choix. En fait, nous sommes menacés par l’indifférence généralisée à tout ce qui concerne notre vie en commun et en conséquence, nous sommes menacés par une disparition de ce que Renan appelle « la fierté de prolonger des combats qui ont été menés avant moi et pour moi ». Qu’il s’agisse du Brexit, de l’élection de D. Trump, de l’état d’urgence dans lequel nous sommes plongés depuis 2 ans ou encore de la probable présence de Marine Le Pen au 2ème tour de notre élection présidentielle, nous nous habituons à ces situations et y sommes devenus indifférents.

Le « vivre-ensemble », le « pacte-républicain », nos hommes politiques les évoquent sans cesse depuis des décennies sans qu’on en voit une application concrète dans nos vies. C’est à cette histoire commune, et parallèlement à la vie « en commun » que nous devenons indifférents.

Comment reprocher alors à certains immigrés de ne pas s’intégrer quand ils se retrouvent dans un univers sans identité commune ? (à moins de considérer que les supermarchés, les jeux vidéos et l’indécence de certaines émissions télévisées forment notre « identité »). Comment expliquer alors, au-delà des différences culturelles, la réalité de la formidable intégration des générations précédentes lorsque la société ouvrière par exemple voulait encore dire quelque chose.

La culture du marché et celle du progrès ont allié leurs forces pour nous laisser une société fragmentée, dans laquelle les personnes se retrouvent isolées, sans enracinement et souvent indifférentes les unes aux autres. Selon Hanna Arendt[4], quand on arrive à une telle situation, les discours démagogiques deviennent des banalités et ouvrent la porte à toutes les aventures. Nous y sommes peut-être !

Si on veut changer l’ordre des choses, c’est une tâche immense qui nous attend. Nous devons recréer une vie en commun sans laquelle rien ne sera possible. Le combat contre l’indifférence généralisée n’est pas encore perdu. Nous sommes convaincus que beaucoup de Français n’acceptent pas cette situation. Pour mener ce combat nous devons abandonner les vieilles recettes Étatistes ou libérales et construire ensemble un nouveau modèle. Ce paradigme ne peut plus nous être imposé du haut vers le bas, il est trop tard, le mal est trop profond, la situation est trop complexe.

La seule voie envisageable est celle de reconstruire UNE GRANDE SOCIÉTÉ, une société qui repartira des territoires et qui s’appuiera sur l’engagement de tous.

Le cas des migrants de la jungle de Calais en est un parfait exemple. Traité par l’État, cette problématique a coûté des dizaines de millions d’euros, a désespéré les habitants et les commerçants de cette ville, a fait monter le FN et a laissé les migrants dans une situation misérable. Lorsqu’au bout de plus de 10 ans, la décision a été prise de proposer à des villages volontaires, donc à des gens ordinaires, de prendre en charge ce problème, le coût sécuritaire a été quasiment réduit à néant, les migrants ont trouvé un accueil décent et parfois même, un début d’intégration a permis à certains d’entrevoir un avenir en France.

Jusqu’à présent nos dirigeants nous ont laissé à l’écart et nous nous sommes laissés faire par manque de confiance en nos capacités. Nous avons eu tort parce que les problèmes politiques à régler nous concernent dans notre quotidien. Ensuite, nous avons mésestimé nos capacités de bon sens qui sont un atout politique majeur. Mais surtout notre erreur a été d’imaginer que nos représentants politiques avaient une meilleure connaissance des dossiers et plus d’aptitudes pour les traiter. Nous sommes donc dans cette situation parce que nous n’avons pas OSÉ prendre nos responsabilités.

C’est lorsque les personnes vivent réellement, quotidiennement, ensemble dans un même monde qu’une histoire commune prend corps et peut se transmettre. Ce postulat se vit encore dans nos territoires, en particulier dans les milieux ruraux. On comprend mieux alors le décalage énorme entre un certain renoncement à l’identité (qu’on retrouve plutôt dans nos villes), et la toute autre réalité que vivent des millions de gens qui ne sont à l’origine, ni plus fermés, ni plus « beaufs » que n’importe qui, mais qui finissent par le devenir en découvrant quotidiennement le sacrifice de l’identité qu’on leur demande, sous peine d’apparaître réactionnaires, voire fascistes…

Cette reconstruction d’une Grande société parie sur notre bon sens et sur notre capacité à nous engager dès lors que nous comprenons les enjeux. Elle parie sur la capacité des territoires à se réapproprier ce qui leur appartient : le vent, le soleil, la terre, la démocratie, la solidarité, la proximité… C’est une nouvelle forme de « conservatisme ouvert » qui parie sur un projet répondant à ce dont nous avons besoin : des relations sociales, une sécurité économique pour nous et nos enfants, un logement décent et pour les plus anciens une fin de vie digne. Et enfin et peut-être surtout, le sentiment d’appartenir à un monde commun à partager.

Renaud Vignes – mars 2017

 

[1] Un peu d’air frais , Georges Orwell, 1939, p. 210.

[2] https://citizenlab.fr/2017/01/27/un-monde-parfait

[3] The revolt of the elites, Christopher Lasch, 1994

[4] Les origines du totalitarisme, Hanna Arendt, Gallimard 2002

Merci à tous !
Merci d’avoir été si nombreux à venir nous écouter, à échanger avec nous, et à partager un moment convivial et ouvert.


Avec nous , ce LUNDI 13 MARS, des CITOYENS, des MILITANTS ASSOCIATIFS , des représentants des mouvements citoyens (GÉNÉRATION CITOYENS, NOUS CITOYENS, EN MARCHE,…) des élus de leurs communes, des amis, des sympathisants, des militants, et bien d’autres encore…

Nous étions une cinquantaine de personnes motivées, venues de toute la Région PACA 

Merci à Malika, Frédéric, Véronique, Thierry, Renaud, Jacques, Cécile pour leurs interventions éclairantes.
Merci à Marie-France, Eric, Dominique pour l’organisation.
Merci à tous les présents-tes pour leurs échanges avec nous et leurs interrogations pertinentes.
Merci à tous ceux qui nous ont fait part de leurs regrets de n’avoir pas pu être avec nous.


Le Projet Génération Demain : Le projet politique citoyen des citoyens est lancé !
Il faut maintenant que chacun s’en empare

#OnContinueLaRouteEnsemble

d’autres rencontres à venir…


#OSONS !!!


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On y attend vos « likes »

En rendant aux territoires ce qui leur appartient : le vent, le soleil, la terre, la solidarité, la proximité…,

nous voulons proposer

un projet de société au service des gens,

un projet de société où le MIEUX aura remplacé le PLUS

RENDEZ-VOUS :

Lundi 13 mars – 18 H 30 – La Baume-Lès-Aix
1770 chemin de la Blaque
13090 Aix-en-Provence

GPS : lat 43.503492, long 5.42314

Pour s’inscrire par mail : contact@citizenlab.fr
Pour s’inscrire sur facebook : cliquez ici


LES ORIENTATIONS DE NOTRE PROJET

 

* * *

LA GRANDE SOCIÉTÉ : Priorité 1

  • Pour créer une nouvelle dynamique démocratique, nous devons faire des territoires le premier niveau de notre vie publique et de l’engagement citoyen
  • Donner plus de capacités d’initiative aux collectivités et acteurs locaux
  • En finir avec les baronnies locales en limitant les mandats dans le temps
  • Installer une dynamique de l’engagement dans chaque territoire

 

  • Afin de redevenir nous-mêmes et nous placer au cœur de la construction d’une nouvelle Europe nous devons raviver notre idéal républicain
  • Clarifier nos priorités en matière d’immigration et choisir l’assimilation comme modèle d’intégration
  • Mettre en place une vraie gouvernance européenne contrôlée démocratiquement
  • Aller vers plus d’intégration dans une Europe à plusieurs vitesses

 

* * *

L’ÉCONOMIE DU NOUVEAU MONDE : Priorité 2

  • Relocaliser l’économie pour que la richesse créée dans les territoires profite d’abord aux habitants
  • Mettre en place un « regional business act »
  • Penser globalement la mise en place de nouveaux modèles de développement qui agiront de manière complémentaire sur la création de richesse et l’emploi
  • Développer un capitalisme de proximité et des monnaies locales

 

  • Engager la révolution verte pour créer des emplois, offrir une nourriture saine et préserver les écosystèmes
  • Protéger la vocation agricole des terres en permettant leur donation à des fondations régionales reconnues d’utilité publique
  • Faciliter la transmission des fermes (financement et conseil)
  • Favoriser le développement des nouveaux modèles d’exploitation pour enrichir les exploitants et attirer de nouveaux entrepreneurs paysans

 

  • Relocaliser la politique énergétique pour changer nos villes et changer nos vies
  • Repenser l’organisation des espaces pour optimiser les déplacements
  • Exploiter la convergence numérique/énergie pour lancer de grands programmes de rénovation énergétique
  • Produire mieux et local pour augmenter les recettes fiscales et permettre aux habitants de se réapproprier les bénéfices

 

  • Faire de la France une Nation compétitive
  • Ramener notre taux de dépenses publiques dans la moyenne européenne (50%)
  • Séparer strictement la finance de marché des banques commerciales
  • Avec nos partenaires européens, changer les règles du jeu du commerce mondial

 

* * *

UN CONTRAT SOCIAL DU XXIÈME SIÈCLE : Priorité 3

  • Remettre notre école au cœur de notre contrat social et en faire le premier levier de l’égalité des chances
  • Décentraliser le pilotage des établissements, pour remettre l’école au cœur du territoire et renforcer l’engagement des citoyens au service de leurs enfants
  • Créer dans les territoires un conseil d’évaluation des établissements scolaires, conseil regroupant toutes les composantes de la communauté éducative
  • Traiter la difficulté scolaire de manière personnalisée, au sein des établissements en utilisant des approches nouvelles portées par la société civile

 

  • Donner des chances égales à chacun de développer ses capacités et rendre aux personnes leur autonomie sociale et économique
  • Créer un système de protection simplifié et universel en remplacement de la mosaïque de régimes qui rend notre système coûteux et illisible
  • Ouvrir les conseils d’administration à la société civile aux côtés des partenaires sociaux
  • Ouvrir la perspective d’un Compte Personnel Universel pour que chacun puisse gérer sa sécurité sociale de manière autonome et responsable. Faire de ce CPU le levier d’une nouvelle approche en matière de justice sociale

 

* * *

LA PROTECTION DES FRANÇAIS : Priorité 4

  • Permettre aux habitants de nos territoires de vivre de manière paisible
  • Relocaliser la gouvernance des politiques de sécurité publique
  • Transformer les polices municipales en polices intercommunales et les doter des habilitations nécessaires pour élargir leur champ d’intervention
  • Étendre la procédure de contravention à l’ensemble des infractions qui troublent l’ordre public
  • Investir massivement, via des contrats à impact social, dans des programmes visant à diminuer le taux de récidive des primo-délinquants

 

  • Donner à notre justice des moyens conformes au rôle que nous lui attribuons dans notre société
  • Achever la refonte de la carte judiciaire
  • Transformer nos procédures de production des lois et simplifier les normes applicables
  • Augmenter les effectifs pour les ramener dans la moyenne européenne
  • Modifier le mode d’élection des magistrats au CSM et sur cette base, renforcer son rôle en matière de nomination des magistrats du Parquet

 

Si comme nous, vous avez fait le constat que nos gouvernants, de tout bord politique, ne savent, ne peuvent, ne veulent plus penser le futur et encore moins le bâtir comme nous, Citoyennes et Citoyens, l’imaginons et le souhaitons …

…alors, venez découvrir le projet « Génération Demain » et débattre avec nous

Génération Demain, c’est un projet de société innovant pour que la Société Civile puisse enfin peser sur les débats politiques qui ont commencé.

Depuis 2013, nous sommes plusieurs, femmes et hommes, qui avons décidé de passer à l’action pour construire un projet de société, un projet politique, qui nous corresponde.

Nous avons donc décidé de retrousser nos manches, et de tracer un nouvel horizon pour la France et pour l’Europe.

Le projet Génération Demain affirme que les territoires sont au coeur des réformes que nous appelons,  et qu’il appartient à la société civile de retrouver en leur sein toute sa capacité à maîtriser son destin.

CitizenLab regroupe des personnes d’horizons divers, mais qui croient dans les valeurs de responsabilité, de prospérité et de justice.


INSCRIVEZ-VOUS ICI

Nous vous donnons rendez-vous à La Baume-Lès-Aix – 13900 Aix-en-Provence

Notre rencontre sera suivie d’un apéro citoyen, pour lequel nous vous demanderons une petite participation.

UN PROJET POUR RÉPONDRE AUX URGENCES DE NOTRE SIÈCLE

Il faut savoir affronter en face l’échec de ce que l’on nomme aujourd’hui « libéralisme » et reconnaître que le concept a été dévoyé. La rhétorique du libre marché a débouché dans de très nombreux secteurs sur la disparition de la concurrence et, à l’image des GAFA, à l’apparition de monopoles planétaires aussi puissants que les États eux-mêmes. Pratiqué au nom de la liberté des hommes, ce libéralisme d’un nouveau genre a exclu les plus faibles et les moins aisés de la propriété et a créé une armée de travailleurs précarisés et de chômeurs qui ne possèdent rien en propre, ne se voient offrir aucune perspective et n’ont rien à envier aux bataillons de prolétaires créés sous les régimes communistes.

Face à ce « libéralisme », notre État providence a aussi montré ses limites. En instaurant de trop fortes inégalités statutaires, il a progressivement transformé notre pays en une gigantesque mosaïque de castes à l’intérieur desquelles chacun défend ses « acquis sociaux », la plupart du temps au détriment de l’intérêt général. L’Etat, en devenant tentaculaire, a peu à peu mis en tutelle la société française tout entière et il s’est substitué à la naturelle solidarité entre les gens.

On ne peut donc que constater la convergence entre la vieille philosophie de l’Etat et la vieille philosophie du marché. L’Etatisme comme le marché ont atomisé la société et laissent les individus là où ils sont, soit en les assistant, soit en les abandonnant à leur sort, mais sans jamais leur offrir l’espérance d’accéder à une vie meilleure.

Il nous paraît clair que le moment est venu de penser différemment l’ordre des choses en prenant appui sur le potentiel que constitue la société civile. Nous devons promouvoir un nouvel acteur plus vivant que l’État et plus humain que le marché : la société elle-même.

Face aux mouvements puissants, profonds qui transforment notre monde, nous devons porter la vision d’une société réunifiée, qui promeut l’autonomie et dans laquelle les communautés civiles et citoyennes joueront un rôle majeur. Une société au sein de laquelle, loin de notre jacobinisme historique, l’Europe et les territoires redeviendront notre avenir. L’Europe parce que c’est là que se trouvent les clés de notre nouvelle influence dans le Monde ; les territoires parce que c’est là que s’inventent notre futur et notre MIEUX vivre.

NOS PRIORITÉS

LA GRANDE SOCIÉTÉ

Le grand objectif que doit poursuivre notre projet de réforme consiste à transformer radicalement le fonctionnement de la sphère publique en prenant appui sur le potentiel que constitue la société civile, tout en réduisant la dépendance des individus à l’État providence.

Faire renaître le collectif à partir du local

Nous voulons mettre en œuvre la reconstruction de notre pays à partir des territoires. C’est dans cette perspective que nous proposons de franchir une nouvelle étape de décentralisation dans différents domaines de l’action publique . Les règles du jeu seront changées pour donner plus de capacité d’initiative aux acteurs territoriaux, sociaux, citoyens.
Nos institutions et les processus électoraux seront transformés pour assurer la représentativité de la société dans toute sa diversité et permettre l’implication de tous dans l’action publique.

Refonder notre idéal républicain

C’est à l’échelle de la Nation que nous devons relever les défis du vivre ensemble. Dans cette période troublée, nous devons rappeler fortement la singularité française. Parce que nous avons changé de Monde, nous devons avoir comme ambition de faire revivre notre idéal républicain afin de redevenir nous-mêmes : un peuple libre, fier de son histoire et de sa culture et porteur d’un message universel
Nous devons relever les défis du vivre ensemble,, c’est pourquoi, en matière d’immigration, nous devons définir clairement nos priorités et les partager avec nos partenaires européens : nous devons revenir au modèle de l’assimilation en nous appuyant sur la société civile pour le mettre en œuvre.

C’est le choix d’une laïcité exigeante qui permettra à tous – et en particulier aux plus fragiles d’entre nous – de faire rempart face à tous ceux qui veulent mettre sur la place publique une vision agressive de la religion.

Remettre la France au cœur du nouveau projet européen

Aujourd’hui, nous devons répondre aux questions qui vont déterminer notre existence et celle d’une « certaine idée de la France » dans les 30 prochaines années. C’est au cœur de l’Europe que se trouvent les réponses. C’est la défense de nos valeurs et de nos intérêts dans la mondialisation qui doit légitimer notre proposition faite aux Peuples Européens. C’est cette vision de l’Europe que nous voulons porter, une Europe capable d’imposer son modèle, comme les Empires qui nous entourent imposent les leurs.

Cette vision d’une Europe plus intégrée ne pourra se faire à 27. La voie de cette intégration est celle d’une Europe à plusieurs vitesses, la France appartenant évidemment au premier cercle. Des réformes profondes de la gouvernance de la zone euro seront nécessaires, non seulement pour gagner en efficacité, mais aussi et surtout pour lui donner une véritable légitimité aux yeux des peuples européens.

Transformer notre vie publique en prenant appui sur le potentiel que constitue la société civile

C’est parce que leurs représentants ne leur ressemblent plus que les français ne les comprennent plus ! Le grand objectif que doit poursuivre notre projet de réforme de nos institutions est de mieux articuler notre démocratie représentative avec les nouvelles aspirations d’une plus grande démocratie participative. Nous proposons que la prise de décision implique bien davantage le citoyen. Dans le même esprit, l’usager d’un service public doit pouvoir exercer un contrôle continu et efficace sur la manière dont lui est rendu le service public.
Nous voulons refonder nos institutions politiques afin que les Français, désireux et s’en sentant capables, puissent participer à tous les processus électoraux.

L’ÉCONOMIE DU NOUVEAU MONDE

Notre modèle économique basé sur le libre échange et l’utilisation intensive des ressources naturelles a atteint une limite. C’est au niveau local que nous voyons émerger une nouvelle économie où le MIEUX remplace le PLUS. Nous avons sous nos yeux la preuve quotidienne que des modèles efficaces, intensifs en emplois durables existent, et peuvent recréer enthousiasme et confiance. Notre ambition économique est de transposer toutes ces réalisations à grande échelle et reconstruire un capitalisme libéral de proximité couplé à une forte transformation des règles du jeu macro-économique.

Relocaliser l’économie

Cette nouvelle économie sera moins dépendante des crises financières qui nous attendent, elle sera plus rémunératrice pour les paysans, elle valorisera plus justement le travail des ouvriers et des employés et reconstruira progressivement ce qu’aurait toujours dû être le capitalisme : un capitalisme populaire.
Nous développerons le concept de pôle territorial pour mettre en œuvre des politiques relocalisées en matière d’énergie, de production, d’échanges et de financement. Ces politiques nécessiteront de changer les règles (juridique, économique, fiscale règlementaire ou normative) qui empêchent les collectivités d’exploiter tout leur potentiel en la matière.

Réussir cette relocalisation rendra nécessaire un effort important de simplification des normes et règlementations qui empêchent actuellement les tissus économiques locaux d’exprimer tout leur potentiel.

Engager la révolution verte

Aux côtés d’une agriculture industrielle redevenue humaine, nos priorités seront centrées sur une agriculture moderne, innovante qui prône la diversité, source de richesse à long terme. L’avenir de notre agriculture réside dans le développement de modèles agricoles diversifiés et multifonctionnels. Nous voulons développer ces modèles innovants qui représentent dès aujourd’hui un important potentiel d’emplois locaux non délocalisables.

Grâce à l’innovation, les nouvelles formes d’agriculture que nous promouvons pourront changer d’échelle et devenir actrices majeures de notre économie et de notre alimentation. Notre vision est celle d’une agriculture moderne qui prône la diversité, source de richesse à long terme ; c’est pourquoi, nous encouragerons le développement des modèles horizontaux et maillés, avec des unités de petites tailles interconnectées. Parce que les territoires ruraux sont des terres d’innovation, nous y favoriserons l’implantation de centres de formation, de démonstrateurs des nouveaux modèles agricoles qui permettront d’attirer des jeunes, des chercheurs, des entrepreneurs.

Réussir la transition énergétique

Il faut rendre aux territoires ce qui leur appartient : le vent, le soleil, la biomasse, la chaleur ! Les acteurs locaux ont à redécouvrir et à s’adapter au nouveau monde de l’énergie pour le traduire en un « mieux vivre » pour les citoyens plutôt qu’une charge ou un problème comme souvent aujourd’hui,. Hier l’énergie créait des emplois ailleurs, notre but est que demain elle génère des richesses et des emplois à proximité.

Des partenariats Régions/Europe doivent être construits au travers d’une politique intégrée, transversale et innovante favorisant l’établissement d’un cadre stable sur le long terme, propice à l’investissement dans des modèles « d’économie circulaire de l’énergie ». Pour atteindre une meilleure efficience énergétique et améliorer la protection de l’environnement, les Régions mettront en œuvre des plans d’investissement ciblés sur l’efficacité énergétique des bâtiments publics, les réseaux de mobilités innovants et le concept de Smart rural.

Faire de la France une Nation compétitive

Les déséquilibres de nos finances publiques affectent nos performances économiques et fragilisent notre indépendance. Le poids des prélèvements obligatoires est trop élevé en France au regard de l’utilité des dépenses qu’ils financent ; cela nuit à la compétitivité et à l’attractivité du pays et entraîne des effets négatifs sur la production et l’emploi. Nous devons rompre avec cette dérive en faisant des finances publiques et du rétablissement d’une économie de marché régulée, les instruments de notre future croissance économique.

Nous tirerons les conséquences de notre grande politique de subsidiarité et de l’appui sur la société civile pour redéfinir le périmètre de l’État. Le mode de financement de la protection sociale sera refondé pour redonner de la compétitivité à nos entreprises et augmenter le pouvoir d’achat des français. La finance sera organisée autour d’une séparation stricte entre les banques commerciales et les activités de marché. Nous proposerons à nos partenaires européens de changer les règles du jeu du commerce mondial pour mieux lier importations et flux d’investissements.

LE CONTRAT SOCIAL

L’éducation est l’enjeu premier de notre présent et de notre avenir. Changer l’Ecole, ce n’est pas uniquement changer les modalités d’action, c’est changer structurellement et en profondeur le fonctionnement de l’Ecole dans sa globalité en y associant tous les acteurs. Notre projet vise à proposer de profonds changements pour remettre l’école au cœur de notre contrat social et être le premier levier de l’égalité des chances.

Adapter notre école à la diversité de nos enfants

Nous devons construire la pédagogie autour d’une nouvelle conception de l’autorité en permettant aux professeurs et aux directeurs d’apparaître responsables et légitimes aux yeux des élèves et de leur famille dans le cadre d’un nouveau système de gouvernance décentralisé et différencié, d’une redéfinition du métier d’enseignant et de l’intégration des parents dans la vie des établissements afin que les objectifs soient partagés.

Pour doter nos écoles d’infrastructures modernes et accueillantes, nous devons repenser leur architecture pour qu’elles deviennent de véritables espaces d’apprentissage, de socialisation, de découverte pour nos enfants.

Nous ferons de la lutte contre l’échec scolaire une réelle priorité en apportant aux enseignants une aide indispensable et spécialisée, au plus près du terrain, à leur disposition rapidement et largement mis en œuvre en partenariat avec le secteur associatif.

Dans ce système refondé, l’État devra se concentrer sur quatre missions essentielles : la définition des objectifs et des programmes, l’évaluation des dispositifs et la diffusion des meilleures pratiques, l’accompagnement des territoires en difficulté, la formation initiale et continue des enseignants et des chefs d’établissement.

Faire évoluer notre modèle de protection sociale pour l’adapter aux nouveaux parcours d’activité

Dans un monde où les mobilités voulues ou subies vont de plus en plus devenir la règle, nous ne pouvons plus laisser sur le bord de la route des centaines de milliers de personnes à qui ni la formation initiale, ni notre système de protection sociale n’aura su apporter les moyens de leur autonomie et de leur indépendance économique. Nous voulons créer un modèle de protection sociale universelle et active rattachée à la personne et non plus à son statut.

Pour rendre notre système plus simple et plus juste, nous créerons une allocation universelle en lieu et place des dix minima sociaux existants. Par ailleurs, l’unification de tous les régimes au sein du régime général de la sécurité sociale ouvrira la perspective d’une sécurité sociale universelle permettant à chacun de gérer ses droits de manière autonome : le Compte Personnel Universel (CPU). Outil de liberté, de justice, de sécurisation des parcours professionnels, le CPU permettra aussi de reconnaître les activités socialement utiles et sera un levier majeur de justice sociale car il permettra d’offrir des dotations en droits de formation supplémentaires pour tous ceux que l’école aura laissé sur le bord de la route.

LA PROTECTION DES FRANÇAIS

On ne peut pas bâtir un projet politique sans avoir à l’esprit que l’une des préoccupations majeures des français résident dans le sentiment de voir sa sécurité menacée et les actes d’incivilité se démultiplier. La protection des Français doit être une priorité et nous devons répondre à ce besoin essentiel : pouvoir vivre de manière paisible.

La sécurité

Tout comme la société, la criminalité et la délinquance évoluent. Ce ne sont pas des activités stables, mais des phénomènes en renouvellement et en recomposition perpétuels qui nous imposent une adaptation permanente des réponses en la matière.

Parce que, là encore, ce sont les acteurs locaux qui ont la meilleure connaissance de ces problématiques, il est essentiel de relocaliser les responsabilités de la gouvernance des politiques en matière de tranquillité publique : transformation des polices municipales en polices intercommunales qui seront dotées des habilitations nécessaires pour élargir leur champ d’intervention.

Pour diminuer le taux de récidive des primo-délinquants nous étendrons les programmes en-cours d’expérimentation qui visent à proposer du travail à cette partie de la population carcérale tout en préparant son insertion sociale et professionnelle ; le nombre de places de prison sera augmenté.

Afin d’abolir le sentiment d’impunité lié à la non exécution des petites peines, nous étendrons la procédure de transaction et/ou de contravention à l’ensemble des infractions qui troublent l’ordre public.

Les effectifs seront augmentés de 20000 policiers et gendarmes dans les trois prochaines années.

La justice

Sans une justice efficace et indépendante, c’est l’ensemble de notre démocratie qui sera fragilisée. Pour que l’institution judiciaire soit pleinement reconnue comme l’un des trois piliers de notre démocratie, elle doit être modernisée, mieux organisée et dotée des moyens nécessaires au rôle que nous lui attribuons dans notre société.

Nous proposons d’achever la refonte de la carte judiciaire sur notre territoire, de stopper l’accumulation des lois et simplifier les normes applicables`

Il sera nécessaire d’augmenter les effectifs pour les ramener dans la moyenne européenne : recrutement de 300 postes de magistrats et autant de greffiers pour ramener les effectifs dans la moyenne européenne. La modification du mode d’élection des magistrats au CSM et l’intégration de l’avis conforme du CSM pour la nomination des magistrats du Parquet sur proposition du gouvernement renforceront l’image d’impartialité à l’autorité judiciaire.

* * *

Notre mode de vie, notre vie même, vont dépendre de la façon dont les combats de ces prochaines années seront menés. Notre projet propose d’emprunter un chemin nouveau pour mettre en œuvre les transformations souhaitées par les peuples pour assurer leur autonomie et leur sécurité économique et sociale. C’est-à-dire la capacité à subvenir à nos besoins sans dépendre de forces économiques incontrôlables et ce pourquoi nous nous inquiétons le plus : s’occuper de nos parents quand ils vieillissent, et du futur de nos enfants. Nous sommes convaincus que c’est ce nouveau modèle basé sur une nouvelle collaboration entre un État plus discret mais plus efficace et une société civile plus active et plus engagée que se trouveront les leviers pour réussir ces transformations nécessaires.

Collectif CitizenLab

Par Kévin Boucaud 19/02/16 – Article sur Slate.fr

Montée des mouvements identitaires d’extrême droite dans les pays occidentaux, Brexit, élection de Donald Trump, défaites de Nicolas Sarkozy, Alain Juppé et Manuel Valls lors des primaires… Les analystes politiques ont de plus en plus de mal à comprendre les votes populaires. L’œuvre de Christopher Lasch, sociologue et historien américain décédé il y a vingt-trois ans, anticipait déjà largement ce moment populiste que nous vivons actuellement.

Le 14 février 1994, Christopher Lasch décède d’une leucémie, dix jours seulement après avoir achevé son testament politique, La révolte des élites et la trahison de la démocratie (Climats, 1996), qui sera publié à titre posthume. Le sociologue américain, héritier du marxisme de l’école de Francfort (Theodor W. Adorno, Max Horkheimer, etc.) et lecteur de George Orwell, y critique durement les nouvelles élites du capitalisme, coupables selon lui d’avoir trahi l’idéal démocratique.

La démocratie mise en danger par ses élites

Pour Lasch, notre époque est déterminée par un phénomène social inédit: la révolte des élites. Composée de «ceux qui contrôlent les flux internationaux d’argent et d’informations, qui président aux fondations philanthropiques et aux institutions d’enseignement supérieur, gèrent les instruments de la production culturelle et fixent ainsi les termes du débat public», cette «nouvelle classe» se distingue par «l’investissement réalisée dans l’éducation et l’information». Il précise cependant que «mis à part ses revenus en hausse rapide, la bourgeoisie aisée, le cœur de ces nouvelles élites, se définit moins par son idéologie que par son mode de vie, qui la distingue, d’une manière de moins en moins équivoque, du reste de la population».

D’après Lasch, les nouvelles élites, c’est-à-dire «les personnes qui se situent dans les 20% supérieurs en terme de revenus», grâce à leurs richesses considérables et à la mondialisation, qui permet la mobilité totale des capitaux et des personnes les plus fortunées, ne vivent plus réellement dans le même monde que leurs concitoyens. En cela, elles s’opposent à la vieille bourgeoisie des XIXe et XXe siècles, qui était contrainte par sa stabilité spatiale à un minimum d’enracinement et d’«obligations civiques». Ainsi, «bibliothèques, musées, parcs publics, orchestres, universités, hôpitaux et autres aménagement publics […] étaient autant de monuments à la magnificence des classes supérieures». La mondialisation, d’après le sociologue, a transformé les élites en touristes dans leurs propres pays. Les membres de cette nouvelle classe, qui se rêvent «citoyen[s] du monde» mais qui n’acceptent «aucune des obligations que la citoyenneté dans une forme de cité sous-entend normalement», se sont «retirés de la vie commune et ne veulent plus payer pour ce qu’ils ont cessé d’utiliser».

C’est ce qui amène Christopher Lasch à conclure, en référence à La révolte des masses (1929) du philosophe espagnol José Ortega y Gasset: «Naguère, c’était la “révolte des masses” qui était considérée comme la menace contre l’ordre social […]. De nos jours, cependant, la menace principale semble provenir de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie sociale et non pas des masses.» Car cette «révolte des élites» détruit le débat démocratique. Le marxiste explique que «l’isolement croissant des élites signifie entre autre chose que les idéologies politiques perdent tout contact avec les préoccupations du citoyen ordinaire». La conséquence est que «le débat politique se restrei[nt] la plupart du temps aux “classes qui détiennent la parole”».

Or, ces dernières demeurent protégées des nouveaux problèmes qui touchent les classes populaires. Elles «ont perdu tout contact avec le peuple». Celui-ci vit «le déclin de l’activité industrielle et la perte d’emploi qui en résulte; le recul de la classe moyenne; l’augmentation du nombre des pauvres; le taux de criminalité qui monte en flèche; le trafic de stupéfiants en plein essor; la crise urbaine».

Le résultat de cette scission du haut de l’échelle est que «personne n’a de solution vraisemblable à apporter à ces problèmes inextricables» et qu’on «assiste à des batailles idéologiques furieuses sur des questions annexes». Dans le même temps, «ceux qui fabriquent l’opinion cultivée» perçoivent les «gens ordinaires» comme «désespérément minables, ringards et provinciaux, […] peu au fait des évolutions du goût ou des modes intellectuelles, […] obnubilés par la littérature de gare, les romans d’amour ou d’action, et abrutis par une surdose de télévision». Ainsi, «bon nombre des gens de bien, selon l’idée qu’ils se font d’eux-mêmes, ont toujours été sceptiques quant à la capacité des citoyens ordinaires à saisir des problèmes complexes et à produire des jugements critiques». Or, «la démocratie demande un échange vigoureux d’idées et d’opinions».

De la révolte des élites à la révolte des masses

Cette séparation de la nouvelle classe supérieure s’accompagne d’une panne de l’ascenseur social. Celle-ci est notamment alimentée par la crise que traverse l’école publique, à laquelle réussissent à échapper les couches aisées de la société, grâce aux écoles privées notamment. Pour être efficace, le mythe de la méritocratie doit laisser croire à un semblant de justice. Ainsi, «quoique les avantages héréditaires jouent un rôle important pour l’obtention d’un statut dans les professions intellectuelles ou les cercles dirigeants de l’entreprise, la classe nouvelle doit préserver la fiction selon laquelle son pouvoir repose sur la seule intelligence».

C’est pour cela que «l’évolution générale de l’histoire récente ne va plus dans le sens d’un nivellement des distinctions sociales, mais de plus en plus vers une société en deux classes où un petit nombre de privilégiés monopolisent les avantages de l’argent, de l’éducation et du pouvoir». Cette tendance est tellement visible que les «gens ordinaires» ne croient plus du tout en cette méritocratie. C’est pour cela que le repli des élites sur elles-mêmes finit par provoquer son symétrique dans les classes populaires, à commencer par la classe moyenne déclassée, qui est «devenue l’élément le plus patriote, pour ne pas dire chauvin et militariste, de la société». Ne se reconnaissant pas dans le type de société promise par ses élites, les classes moyennes rejoignent les classes populaires, déjà entrées en révolte. L’opposition s’opère de manière douce dans les urnes. Comme l’expliquait récemment l’historien français Jacques Julliard dans La gauche et le peuple (Flammarion, 2014), «le populisme du peuple n’est donc que la réplique à l’élitisme des élites».

Après avoir grossi les rangs de l’abstention, les classes populaires des deux côtés de l’Atlantique ont décidé de «voter mal». Si elles ne sont pas toujours en mesure d’imposer leurs choix politiques, elles ont compris qu’elles avaient la capacité de sanctionner leurs dirigeants. Après avoir presque failli empêcher la signature du traité de Maastricht en 1992, les classes populaires françaises ont massivement rejeté dans les urnes le traité établissant une constitution pour l’Europe (TCE) en 2005. En effet, si le «non» l’a emporté par 54,68%, ce vote était plébiscité, selon un sondage sortie des urnes de l’institut Ipsos, par 67% des employés, 70% des agriculteurs, 79% des ouvriers et 71% des chômeurs.

Le constat vaut également au Royaume-Uni pour le Brexit: en juin 2016, 64% des ouvriers britanniques ont choisi le retrait de leur pays de l’Union européenne. De même, si les métropoles plus favorisées, comme Londres, ont voté pour rester dans l’Union, les green belts, ces ceintures vertes encerclant les grandes villes, et les Midlands, régions du centre du pays, ainsi que les zones autour de certaines vieilles villes industrielles ont majoritairement fait le choix inverse. Aux États-Unis, l’élection de Donald Trump, en novembre dernier, a été portée par le centre du pays, tandis que les côtes, plus favorisées, ont choisi Hillary Clinton. Nous pouvons ajouter au tableau le fait que les perdants de la mondialisation se réfugient de plus en plus dans le vote identitaire d’extrême droite, comme en témoignent par exemple la progression du vote Front national depuis trente ans maintenant et, plus récemment, de l’AFD en Allemagne, du Parti pour la liberté aux Pays-Bas ou de l’Ukip au Royaume-Uni.

Le «populisme de gauche» comme solution

Mais Lasch ne s’arrête pas au constat: il tente également de proposer une solution. Le sociologue prend parti pour la majorité qui possède peu. Il plaide pour un populisme, terme remis à la mode à gauche ces dernières années par Ernesto Laclau et Chantal Mouffe, inspirateurs du mouvement espagnol Podemos et de Jean-Luc Mélenchon.

Dès les années 1990, Lasch veut rétablir une opposition politique entre peuple et élite plutôt qu’entre électeurs de gauche et électeurs de droite. Il estime que «si nous pouvons surmonter les fausses polarisations que suscite aujourd’hui la politique dominée par les questions de sexe et de race, peut-être découvrirons-nous que les divisions réelles restent celles de classes». L’Américain prend appui sur le mouvement populiste américain, initié par le People’s party au XIXe siècle. Fondé en 1891, ce parti «à la fois progressiste, de tradition rurale et structuré par un programme de transformation économique ambitieux et précis», selon les mots du directeur du Monde diplomatique Serge Halimi, dénonce le monde de la finance, la corruption des élus, la trahison de l’idéal démocratique américain et se fait l’avocat des paysans, des ouvriers et des petits producteurs.

Dans Le seul et vrai paradis (Champs-Flammarion, 2002), rédigé en 1991, Lasch fait remonter les prémices du populisme à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, avec des penseurs aussi divers que Ralph Waldo Emerson, William Cobbett, Orestes Brownson voire Thomas Paine, et dans «une certaine tradition qui se distingue par son scepticisme quant aux bénéfices du progrès commercial, et plus particulièrement par la crainte que la spécialisation sape les fondations sociales de l’indépendance morale». Dans La Révolte des élites, il prolonge l’histoire du populisme jusqu’au mouvement antiraciste des droits civiques des années 1960, mené par Martin Luther King. Pour le sociologue, «un peuple rabaissé s’est métamorphosé en citoyens actifs, fiers d’eux-mêmes, qui, tout en défendant leurs droits constitutionnels, ont atteint une dignité nouvelle».

Lasch voit dans le populisme à la fois un mode de contestation du capitalisme, mais également un retour au républicanisme caractérisé par un attachement aux traditions et aux vertus de la communauté, une défense de l’autonomie des individus et un certain sens des limites. Dans La révolte des élites, il explique que la promotion du «principe du respect» et de la responsabilisation des individus sont les conditions sine qua non au rétablissement d’un vrai civisme. Les règles communes doivent s’enraciner «dans le sens commun du peuple au lieu de l’être dans les idéologies qui séduisent les élites». Enfin, selon lui, «en s’approchant en gros de l’égalité économique», «le populisme est la voie authentique de la démocratie», car «une société démocratique ne peut autoriser une accumulation illimitée du capital». Pour cela, il faut «limiter le champ du marché et le pouvoir des grandes compagnies sans les remplacer pour une bureaucratie étatique centralisée» et rétablir des institutions permettant un vrai débat pluraliste. Lasch perçoit dans ces solutions un moyen de mettre fin à la nostalgie d’un passé idéalisé, au ressentiment et à l’individualisme qui gangrènent notre société.

Anticipant la déliquescence de nos démocraties, l’œuvre de Lasch reste plus que jamais d’actualité. Avec La révolte des élites, l’Américain a tenté de nous avertir que le pire pourrait arriver si rien ne changeait. Il a également tenté de tracer une voie de sortie de crise. Malgré un constat très sombre, le sociologue ne versait pas pour autant dans une forme de pessimisme et croyait que l’espoir était une vertu qui permettait de se battre.

 

Kévin Boucaud

 

Photo en tête de l’article : Les couvertures de trois livres de Christopher Lasch: «The True and Only Heaven: Progress and Its Critics» (1991), «The Revolt of the Elites: And the Betrayal of Democracy» (1994) et «The Culture of Narcissism: American Life in an Age of Diminishing Expectations» (1979).

Par Renaud Vignes – Janvier 2017

 

« Je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans cesse sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme (…). Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire (…). Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance[1]« . En 1840, Alexis de Tocqueville s’interrogeait déjà sur les nouveaux types de servitude dont les peuples étaient menacés.

Un siècle plus tard, Aldous Huxley écrit dans son chef-d’œuvre[2] un dialogue entre l’Administrateur général et l’un des rares dissidents, qui débute ainsi.

« – La population optimale est sur le modèle de l’iceberg : huit neuvièmes au-dessous de la ligne de flottaison, un neuvième au-dessus.

– Et ils sont heureux, au-dessous de la ligne de flottaison ? En dépit de ce travail affreux ?

– Ils ne le trouvent pas tel, eux. Au contraire, il leur plait. (…). Sept heures et demie d’un travail léger, nullement épuisant, et ensuite la ration de soma, les sports, la copulation sans restriction, et le Cinéma Sentant. Que pourraient-ils demander de plus ? »

Le rapprochement entre ces deux penseurs de la démocratie et de la liberté réside dans une même vision, celle de l’avènement prochain d’une nouvelle servitude qui ne ressemblera à aucune déjà avenue. Loin d’être une dystopie, ces deux visions caractérisent notre temps où s’instaure un nouvel ordre des choses avec de plus en plus d’évidence. C’est ce récit que nous allons ici raconter.

Acte 1 – Où les vieilles philosophies de l’État providence et du libre marché s’unissent pour briser la société civile

C’est dans les années 70 que commence le grand basculement de notre modèle civilisationnel. Avec l’État-providence, grande vache sacrée intouchable de la sociale-démocratie, on assiste à la fragilisation progressive des économies des pays développés, mais aussi et surtout à la disparition des solidarités qui légitimaient l’existence des communautés civiles, en particulier ouvrières. Dans le même temps, un certain libéralisme de gauche critique la « société décente » chère à Jean Claude Michéa (la common decency de Georges Orwell), revendique la permissivité en toute chose et décrète la recherche du plaisir comme but de toute vie.

La réaction ne se fait pas attendre en 1979, avec l’avènement des politiques neo-libérales sensées remettre les pays occidentaux sur le chemin de la prospérité économique pour tous. Margaret Thatcher pose la première pierre d’un libéralisme d’un genre nouveau qui consistera à affaiblir toutes les composantes de la société civile[3].

La faillite de l’État providence des années 70 et les conséquences brutales des politiques neo-libérales des décennies suivantes démontrent que le véritable héritage de cette période est un face-à-face entre un État froid, dirigiste et centralisé et une société atomisée à l’extrême. Ainsi, au tournant du troisième millénaire, la sociale-démocratie comme le marché ont brisé la société civile et créé un vide « anthropologique » dans lequel de nouveaux acteurs vont s’engouffrer.

Acte 2 – Dans lequel le techno-libéralisme devient la nouvelle religion mondiale

C’est dans la Silicon Valley que naît une « lumière nouvelle » qui va très rapidement éclairer le monde entier. Sur les ruines d’une société doutant d’elle-même, les enfants du Flower Power sont les héros de ce deuxième acte. Celui-ci débute à la fin des années 90. Vêtus de sweats à capuche et chaussés de baskets, des jeunes gens tout juste sortis de l’adolescence déclarent, au cours de conférences TED parfaitement maîtrisées, vouloir œuvrer au « bien commun » grâce à leurs algorithmes géniaux destinés à « augmenter » chaque seconde de nos vies. Don’t be evil, cette phrase devenue la devise de Google, est la meilleure illustration de l’ambition altruiste qui guide ces nouveaux « prophètes ».

Leurs principes messianiques traduisent une conviction qu’un ordre nouveau de justice et de bonheur est à portée de main. C’est un nouveau modèle civilisationnel proposé et construit sur l’appropriation (la marchandisation ?) de la totalité de nos vies. Paradoxalement, cette prise en main de ce qui devrait nous être le plus cher n’est pas vécu comme une violence, « mais comme une aspiration ardemment souhaitée par ceux qui entendent s’y soumettre »[4].

Au cours de ces dernières années, pas un jour ne passe sans que nous découvrions une nouvelle application qui, nous assure t-on, facilitera notre vie, voire nous permettra de ne plus « subir » les misérables désagréments inhérents à notre nature, tels que le vieillissement, la maladie, la laideur, la panne sexuelle… Dans le même temps, constatons que le monde entier est soulevé par un enthousiasme débordant – quasi enfantin – pour l’initiative entrepreneuriale : l’esprit de la Silicon Valley étend ses ailes sur la planète. Ses caractéristiques techno-libérales associées à sa « coolitude » font dire à Jean-Claude Michéa, au sujet de la Silicon Valley, qu’elle représente « la synthèse la plus accomplie de la cupidité des hommes d’affaires libéraux et de la contre-culture californienne de l’extrême gauche des sixties[5]« .

Dans une touchante harmonie, l’ensemble des dirigeants de notre planète décident alors d’adopter ce modèle comme socle d’un futur économique et social radieux. En une quinzaine d’années, le techno-libéralisme s’est ainsi immiscé dans nos vies . Mais son appétit insatiable lui impose d’aller plus loin en s’érigeant comme un modèle civilisationnel.

Acte 3 – Où la gauche progressiste s’allie avec le techno-libéralisme

L’avènement du techno-libéralisme comme nouveau modèle de croissance est avéré. Mais, sa vision va bien au-delà. Pour réaliser son ambition totale, il doit maintenant organiser la société pour la mettre en parfaire adéquation avec ses principes fondateurs. Dans ce dernier acte, imaginons ce que pourrait être cette nouvelle organisation dont la cractéristique majeure devrait-être le retour fracassant d’un système de classes.

Au sommet se trouvent les Administrateurs. Dans cette classe se retrouvent les Maîtres du techno-libéralisme, les Dirigeants des derniers empires (les USA, la Russie, la Chine…) et les Créanciers qui détiennent les gigantesques dettes des États. Chacun d’entre eux a en main les outils d’une puissance qui, associés leur offrira un règne sans partage.

La classe de Experts se situe immédiatement en-dessous. Elle réunit les compétences indispensables au fonctionnement efficace du système techno-libéral. Nous retrouvons ici les métiers du code, de la finance et du juridique. Outre leurs compétences, les Experts possèdent, aux yeux des Administrateurs, une qualité majeure : ils ne ressentent aucune limite morale qui pourrait les empêcher d’agir dans le sens des intérêts du système auquel ils appartiennent. Tout est fait pour écarter les vieux principes éthiques sensés guider nos actes. Ainsi, dans son dernier livre, Eric Sadin met en exergue les ambitions affichées de la nouvelle école 42 créée par Xavier Niel :  » ’42 c’est no-limit’ (…). Bien loin de l’Université humaniste qui se donne pour mission d’ériger patiemment, par la réflexion, l’échange, les livres, le savoir et la culture, une civilisation fondée sur la responsabilité, la politique et le droit[6]« .

Les Ordinaires forment la troisième classe. Composée de toutes les professions utiles au bon fonctionnement de la société (santé, sécurité, alimentation, enseignement, mobilité…) les Administrateurs doivent composer avec eux… dans l’attente d’une solution technologique qui les fera glisser dans la dernière classe. Parmi ces Ordinaires, nous trouvons aussi des compétences de très haut niveau, parfois supérieures à celles des Experts, mais leurs vertus morales les empêchent d’accéder à l’échelon supérieur.

La dernière classe enfin est composée des Inutiles. C’est ici le terme utilisé par Pierre-Noel Giraud[7]. Dans cette société techno-libérale , ce sont les nouveaux « damnés de la terre ». Il forment les énormes bataillons de tous ceux qui ne trouvent pas à s’employer -ou si peu- et qui n’ont aucun moyen d’améliorer leur sort.

Ainsi organisé, le système techno-libéral pourra assouvir son désir de toute puissance. Cependant, pour réaliser cette grande « œuvre », les Administrateurs devront résoudre un problème majeur. Comment faire accepter ce nouvel ordre des choses à ceux qui n’ont rien à y gagner, et en particulier aux Inutiles. En d’autres termes, comment faire perdurer le système le plus inégalitaire que les sociétés aient jamais connues ? Heureuse coïncidence, c’est à ce moment de notre histoire qu’entre en jeu le Revenu Universel. Revenu versé à tous, sans conditions et durant toute la vie, il apparaît comme la solution idéale pour résoudre l’énorme question sociale posée par le techno-libéralisme. Et cette solution est d’autant plus optimale qu’elle est réclamée avec enthousiasme non seulement par les techno-libéraux (ce qui est logique en l’espèce), mais aussi par la pensée « progressiste » qui y voit un outil d’émancipation de la condition humaine !

Grâce au Revenu Universel, la survie des Inutiles est assurée ! Le monde sera stable, les gens seront heureux. A ce stade, le techno-libéralisme a atteint le rêve de tous les totalitarismes : BÂTIR UN MONDE PARFAIT.

Épilogue – Et si l’histoire n’était pas entièrement écrite ?

Le techno-libéralisme est en train de détruire manifestement les principes fondateurs de l’humanisme européen. La question posée est bien celle de la survie d’une civilisation, de notre autonomie, et de notre libre arbitre comme constitutifs de notre dignité. Cette survie dépend de la mobilisation politique de tous ceux qui pensent que les bases anthropologiques de notre vie commune ne peuvent être détruites par le dictat d’une minorité .

Cette mobilisation politique, représente sans aucun doute l’enjeu majeur de la période qui vient. Elle a déjà commencé avec l’apparition d’intellectuels (certains sont cités dans ce texte), longtemps ignorés des medias et qui voient dans la vision « orwellienne » de la common decency, la brique à partir de laquelle un Monde Imparfait mais Humain est encore possible. Face à ce modèle techno-libéral qui se veut total, proposons une autre voie : celle de l’Autonomie[8]. Et c’est au plus près des gens que cette reconstructions démarrera, c’est dans les Territoires que s’écriront les nouveaux chapitres.

[1] De la démocratie en Amérique, Tome II, IV, 6 Alexis de Tocqueville, ed Garnier Flammarion, 1981

[2] Le meilleure des mondes, Aldous Huxley, Ed Chatto and Windus, 1932

[3] « Entre l’État et les personnes, je ne vois rien qu’on puisse appeler la société ». Margaret Thatcher, Interview for Woman’s 0wn, 23 septembre 1987

[4] La silicolonisation du monde, Éric Sadin, ed. l’Échappée, 2016

[5] Notre ennemi le capital, Jean-Claude Michéa, ed Flammarion, Climats, 2017

[6] La silicolonisation du monde, Éric Sadin, ed. l’Échappée, 2016

[7] L’homme inutile, pierre Noel Giraud, ed O Jacob, 2015

[8] Sur ce thème, nous conseillons la lecture de ce texte : https://citizenlab.fr/2016/12/29/entre-le-repli-nationaliste-ou-notre-effacement-proposons-une-autre-voie-celle-de-notre-autonomie/

 

 

par Kaï Littmann

(KL) « Interview avec Roxane Revon, battue de peu au deuxième tour de la « primaire vraiment citoyenne », LaPrimaire.org. « Roxane Revon a été battue sur le fil par Charlotte Marchandise qui elle, est actuellement à la recherche des signatures nécessaires pour pouvoir participer au premier tour des élections présidentielles. Pour les candidats, cette campagne citoyenne était une véritable expérience démocratique, mais également personnelle… »

Roxane, vous avez terminé « LaPrimaire.org » à la deuxième place derrière Charlotte Marchandise. Déçue d’avoir échouée de si peu ?

Roxane Revon : La déception a été réelle, mais je m’y préparais. Au fond, passé le moment des résultats, je suis très heureuse de cette position étant donné le caractère extrêmement européen de mon programme, ce qui n’était pas un thème facile. Nous avons proposé la refonte d’un modèle de société local, français et européen qui, alors que l’Europe a mauvaise presse paraît-il, a été largement soutenu. Et ce n’est que le début, il y a encore beaucoup à dire, à écrire et à faire sur ce sujet. Ce qui est difficile, en revanche, c’est d’analyser les résultats de laPrimaire.org hors des grilles de lecture classiques d’un vote. Ce n’est qu’en faisant une analyse lucide de ce qu’il se passe lors d’un vote en ligne que nous pourrons avancer dans la voie de modernisation de notre appareil démocratique. Il faut comprendre le nombre de votants, la formation du réseau drainé par la plateforme et celui apporté par chaque candidat, etc. Je pense d’ailleurs qu’il serait très utile de formaliser ces retours d’expérience afin d’aider les citoyens à appréhender ces nouvelles formes de vie démocratique, qui, elles aussi, présentent certains écueils. Vous voyez, cette deuxième place me permet de poursuivre mon chemin et j’ai pas mal de projets sur lesquels je pense pouvoir encore être utile.

Que retenez-vous de cette campagne intense ?

L’EUROPE : LA FIN D’UNE PROMESSE OU LE DÉBUT DU RENOUVEAU ?

 

Pour avoir pensé l’Union Européenne comme une réaction à un moment de notre histoire, et non comme une essence ou un principe transcendant, on ne peut éviter l’interrogation sur sa pérennité, dès lors qu’elle est indissociable d’un moment du 20ième siècle et d’une configuration géopolitique révolus.

Notre continent, au 20ième siècle, s’est construit sur trois promesses. Tout d’abord celle de l’homme nouveau qui fondait l’horizon du communisme avec des dizaines de millions de morts à la clef. Ensuite celle de l’homme supérieur, prônée par les nazis, qui conduisit au naufrage de notre continent. La troisième enfin, se fit en réaction aux deux premières : ce fut celle de l’homme européen, rationnel, émancipé du sentiment national et vivant sur un continent pacifié, « fonctionnel » et capable de faire face à l’impérialisme américain.

En conséquence, dès sa création, l’Union a abrité une tension politique avec les États membres et une tension culturelle avec les Nations. Les fondements symboliques des nations, les cultures nationales étant considérés comme la cause des drames cités plus haut, il fallait les tenir aussi éloignés que possible des éléments constitutifs de ce projet. Aux passions nationales, on préféra la rationalité ; aux récits nationaux, on opposa la modernité. Dans le choix fondateur figurait la vision selon laquelle l’avenir de notre continent passerait immanquablement par l’affaiblissement de la nation au profit de l’Union, avec les composantes culturelles, portées par la première, progressivement remplacées par les valeurs (universalisme, paix, prospérité…) prônées par la seconde.

Ces oppositions n’empêcheront pas la réalisation de la première étape d’un magnifique projet d’union, car les facteurs historiques qui en étaient à l’origine étaient encore très présents dans la mémoire des dirigeants mais aussi et surtout dans celle des populations. Or, la donne changea lorsqu’un séisme politique survint le 9 novembre 1989 avec la chute du mur de Berlin et l’ouverture, pour la première fois depuis 28 ans, de la frontière entre l’Allemagne de l’Ouest et l’Allemagne de l’Est. L’Allemagne fut réunifiée en octobre 1990 enclenchant le crépuscule du communisme en Europe.

Ainsi se ferme le moment historique qui a conduit à la promesse de l’humanisme européen.

A cette même époque, les objectifs initiaux sont en grande partie atteints et, sans que l’on s’en rende compte, l’Europe devient progressivement un processus à rendement décroissant. La paix, la coopération, la modernité, la prospérité, les droits de l’homme, la démocratie…, sont des réalités mais de nouveaux progrès en la matière allaient devenir de plus en plus difficiles à réaliser.

S’ouvre une nouvelle période durant laquelle l’Union devient ce qu’elle projetait initialement d’être et n’a plus de contre modèle. Or, construite non pas sur des fondements symboliques et identitaires constitutifs des nations mais sur des fondements rationnels et utilitaires, elle forme une « société » exagérément hétérogène qui ne possède ni culture commune, ni identité ancrées dans l’histoire.

La priorité est alors donnée à la libéralisation des échanges, à la monnaie unique et à un élargissement qui semble sans fin. L’Union devient le porte-parole d’une globalisation heureuse dans une Europe des marchands qui se construirait imperturbablement, sans jamais tenir compte de l’avis des peuples, jusqu’au moment où le monde serait un immense marché apportant la prospérité et la liberté pour tous !

Face au mur des réalités, c’est de nouveau l’échec. Prônant le libéralisme comme une religion, s’éloignant de plus en plus de la volonté des peuples, niant tout fondement culturel (l’abandon de la référence aux racines chrétiennes de l’Europe dans le projet de Constitution en 2004 fut sans doute l’illustration majeure de cet abandon), les sentiments de fierté, de confiance et d’enthousiasme dont l’avenir de l’UE a aujourd’hui désespérément besoin sont totalement étouffés. L’UE est condamnée à entrer en crise ou à se déliter.

C’est à ce moment de l’histoire que nous sommes, et force est de constater que la copie est à reprendre complètement.

Si nous voulons réinventer l’Europe, nous devons porter un regard lucide sur les nouvelles menaces qui nous entourent. Paradoxalement, ces nouvelles menaces procèdent du même objectif que celles qui ont poussé les pères fondateurs à imaginer l’Europe : la servitudes des peuples. De nouveau dans ce 21ème siècle, la question qui se pose est celle de nos libertés. Si, en la matière, la menace d’un Islam agressif est bien connue, nous devons avoir conscience qu’une menace bien plus sournoise pèse sur nos vies mêmes. Comme le souligne Eric Sadin[1], cette menace c’est celle d’un modèle civilisationnel fondé sur l’organisation « algorithmique » de la société. Ce nouvel impérialisme qui nous vient de la Silicon Valley vise à détruire « les principes fondateurs de l’humanisme européen, affirmant l’autonomie du jugement et le libre choix, et induisant leur corollaire, soit le principe de la responsabilité et le droit des sociétés de décider en commun de leur destin[2]« . Là où les totalitarismes du 20ième siècle ont échoué, cette nouvelle menace peut réussir car, rejoignant la vision d’Aldous Huxley[3], elle ne se vit pas comme une violence subie, mais comme une aspiration ardemment souhaitée par ceux (toujours plus nombreux) qui entendent s’y soumettre. Si cette menace se réalisait, nous serions alors bien loin du fabuleux récit de la création du monde que Pic de la Mirandole nous propose et qui va ensuite parcourir toute la philosophie moderne : « si l’homme n’est rien au départ, si aucun modèle, aucun archétype ne le prédétermine ni ne préfigure en quoi que ce soit son destin », si c’est parce que, comme le dira Sartre, « son existence précède son essence », alors il est le seul en ce monde qui soit libre d’inventer son futur[4].

Si nous voulons réinventer l’Europe, il faut affronter en face l’échec de ce que l’on nomme aujourd’hui libéralisme et reconnaître que le concept a été dévoyé. La rhétorique du libre marché a débouché sur l’abolition de la concurrence avec la création de nombreux cartels monopolistiques empêchant l’émergence de nouveaux acteurs innovants. Pratiqué au nom de la liberté des hommes, le libéralisme a exclu les plus faibles et les moins aisés de la propriété et a créé une armée de travailleurs salariés sous-payés qui ne possèdent rien en propre et n’ont rien à envier aux bataillons de prolétaires créés sous les régimes communistes.

Si nous voulons réinventer l’Europe, nous devons radicalement tourner le dos aux principes de construction qui ont opéré jusqu’à présent, ne plus être dans l’opposition avec les nations, mais être dans la complémentarité. Ce n’est plus d’un pilotage par le haut, mais d’une confiance dans la capacité des citoyens à maitriser leur destin que procèdera cette nouvelle Union. Il faut entendre la proposition de Régis Debray[5] : »Il faudra faire avec le multiple. On ne peut pas imposer l’un contre le multiple, on ne peut pas imposer l’Europe contre les européens dans leur diversité et postuler que le Finlandais et le Sicilien c’est la même chose. Je crois qu’il faut réconcilier identité et liberté. Mais la liberté sans l’identité ça n’a pas marché et l’identité sans la liberté c’est épouvantable ».

En conclusion, la synthèse de cette nouvelle vision de l’Europe nous est proposée par Roxane Revon[6] : « Notre mode de vie, notre vie même, dépendent de la façon dont les combats de ces prochaines années seront menés (…). Proposer une voie qui rééquilibrera les rapports de force actuels c’est se poser la question de futures lois que nous voulons nous donner à nous-même (auto-nomos). Cette loi morale individuelle que Kant a développée, nous pourrions la considérer à l’échelle d’un pays ou d’une union. Elle est avant tout une discipline. Celle de ne pas se résigner à vivre selon la volonté d’un autre (individu, État ou continent). Celle de rester fidèle à soi-même et à ses lois fondamentales (les droits de l’homme). » Dans cette affirmation, Roxane Revon nous propose d’emprunter un chemin nouveau pour mettre en œuvre les transformations souhaitées par les peuples pour assurer leur sécurité économique et sociale , c’est-à-dire la capacité à subvenir à leurs besoins sans dépendre de forces économiques incontrôlables et ce pourquoi les gens s’inquiètent le plus : s’occuper de leurs parents quand ils vieillissent, et du futur de leurs enfants. Et dans ces transformations, une Europe refondée devra prendre toute sa place.

Renaud Vignes

CitizenLab

 

[1] La silicolonisation du monde, Éric Sadin, édition l’échappée, 2016

[2] Éric Sadin, op cit p 30

[3] Le meilleur des mondes, Aldous Huxley, édition Poche, 2002

[4] Ce passage est tirée de la lecture du texte de Luc Ferry : la liberté est le propre de l’homme, Le Point Références, septembre-octobre 2010, p 7

[5] VIIè assises nationale de la recherche stratégique, 15 décembre 2016

[6] https://medium.com/@roxane.revon

Par Roxane Revon, 27 décembre 2016

L’avenir de la politique française ne peut être, comme aux Etats-Unis, un rétropédalage. Tout redevient, aujourd’hui, politique. Et ce peut être une chance. Notre mode de vie, notre vie même, dépendent de la façon dont les combats de ces prochaines années seront menés. La relance d’une course aux armements, la montée des populismes, des fanatismes, un président américain qui, en un tweet, change le cours d’une négociation ou défait des relations pacifiques… Les évolutions politiques et idéologiques qui apparaissent nécessitent une force opposée, une force contraire, qui rééquilibre la tendance. Et il sera trop tard, dans quelques années, pour se dire que nous aurions dû avoir une vision plus nette, plus ferme, de notre position. Nous devons, aujourd’hui plus que jamais, nous poser la question des rapports de force mondiaux, de l’actualisation de nos libertés et de notre modèle social dans le monde tel qu’il se fait. Il nous faut donc défendre en 2017, avec la même conviction, des solutions mondiales, continentales, nationales et locales ; aucune ne pourra exister sans l’autre. Or, de nombreux débats présidentiels semblent coupés de ce souci d’équilibre général.

Notre idée de l’avenir n’est pas celle d’un retour à un autre temps, ni même aux idées d’un autre temps. C’est celle d’un nouvel espace de pensée et d’agir que ma génération appelle de ses vœux, basé sur les mouvements, les inventions, les mœurs d’aujourd’hui.

Quelle autonomie aujourd’hui ?