Qu’est-ce-qui fait qu’une société d’individus tient ensemble ? La réponse à cette question éminemment politique est étroitement liée à notre vision de l’homme. Au fil du temps, celle-ci a profondément changé.

Aujourd’hui, pendant que notre pays se réjouit des nouveaux visages de la démocratie, un mouvement beaucoup plus puissant est à l’œuvre. Il vise, si l’on en croit ses grands prêtres, non plus à changer (améliorer ?) notre société, mais directement à changer l’homme pour lui permettre de dépasser toutes ses limites actuelles.

Dans « l’ancien temps », les gens étaient ordinaires et la société décente

Pendant longtemps, c’est la philosophie morale et politique qui s’est penchée sur l’étude des mondes communs. Dans son livre Théorie des sentiments moraux[1], Adam Smith décrit un monde qui repose sur les relations de sympathie entre les hommes. Il explique l’origine de ces sentiments (le sentiment de justice ou d’injustice, le sentiment de remords, le sens de ce qui est indécent, malséant ou inélégant) à partir d’un petit nombre de réactions naturelles ou instinctives qu’il appelle « principes de la nature humaine ». Par exemple la capacité de sentir instinctivement ce qu’est en train d’éprouver quelqu’un d’autre.

Dans cette vision, l’homme n’est pas « un loup pour l’homme ». Les pulsions égoïstes (que Smith ne nie nullement) sont limitées par des sentiments moraux qui surgissent naturellement lorsque la personne est confrontée à ce que nous pourrions nommer « l’expérience ordinaire ». Ainsi, loin du marché froid (la main invisible qui apparait dans la Richesse des Nations[2]), c’est directement dans la société que Adam Smith voit la capacité des individus à tenir ensemble.

Ce comportement « coopératif » de l’homme, cette nécessité de s’inscrire dans des relations de solidarité, nous les retrouvons dans les écrits politiques de Georges Orwell. Pour lui, il est clair qu’une société dans laquelle les individus n’auraient plus rien d’autre en commun que leur aptitude rationnelle à conclure des marchés intéressés ne peut constituer une communauté digne de ce nom. Il entend se référer à un ensemble précis de vertus traditionnelles telles que l’honnêteté, la générosité, la loyauté, le sens du partage ou l’esprit d’entraide. Ces vertus forment un indéfinissable “sens de la limite” qui borne les comportements et permet aux personnes de vivre ensemble de manière solidaire et confiante.

Dans cette vision de la société, ce sont les valeurs morales et le partage de réalités collectives qui permettent le vivre ensemble. Ce sont les enracinements, les liens interpersonnels qui forgent l’expérience commune. Dans ce sens, cette forme de société apparait comme un but politique. Celui de préserver ce qui est déjà bon dans la vie des gens.

C’est d’ailleurs comme principe d’action que, sur la période contemporaine, cette vision a pu être observée lors des mouvements de dissidence en l’Europe de l’Est de la fin des années 70. Vaclav Havel dans son ouvrage « Le pouvoir des sans-pouvoir » exalte le réveil de la société civile : dans les sociétés post-totalitaires nées de l’effondrement du communisme, il faudra, dit-il, que surgissent de nouvelles structures, des associations civiques et citoyennes qui favoriseront la transition démocratique

Demain, l’homme sera « augmenté » et vivra dans une société sans limites

« Il était une fois des individus libres, autonomes, parfaitement indifférents les uns aux autres, sans relations d’aucune sorte et qui, surtout, ne se comparaient pas. Leur conduite était rationnelle. Affectant les moyens rares dont ils disposaient de façon à satisfaire au mieux leurs fins propres[3]« . C’est ainsi que Jean Pierre Dupuy décrit les personnages qui vont former la société dans la vision utilitariste du monde moderne.

Progressivement cette forme de société prend la place de la société traditionnelle. Elle tient sa légitimité du fait que la discipline qui l’a enfantée est devenue une science à part entière. Elle a son prix Nobel, et même lorsqu’elle traite de questions morales et politiques, c’est en tant que science qu’elle s’exprime. Mais, à la différence des autres disciplines, l’économie moderne est portée par une idéologie – nous voulons parler du marché – qui est progressivement passé du stade de simple mécanisme d’ajustement de l’offre et de la demande de biens économiques au statut de système d’organisation globale du vivre ensemble.

Pour devenir autonome, l’économie doit prouver non seulement la cohérence interne de son domaine, mais encore que cette cohérence est orientée vers le bien commun afin d’en légitimer la dimension morale et politique. Ce double objectif est atteint lorsqu’un nouvel individu apparait. Il est de nature égoïste et rationnel, il va s’appeler homo œconomicus. Et c’est le mécanisme de la main invisible qui permet de répondre à la question du bien commun.

Pendant un siècle la plupart des hommes politiques et les économistes eux-mêmes préconisent de se garder de toute extrapolation indue de ce modèle à toutes les formes d’activité humaine. Ils sont conscients que les conditions de validité de homo œconomicus sont très restrictives. A l’image de la boite de Pandore, ce modèle doit donc rester confiné dans des limites très strictes sous peine de voir dans le marché la solution à tous les problèmes de coordination des activités humaines.

Jusqu’à la fin des années 1960, l’économie est ainsi restée cantonnée aux domaines des échanges marchands. Cette science avait en effet en face d’elle des concurrents redoutables tels que la famille, les structures sociales, la politique ou le religieux. Lieux dans lesquelles la gratuité est la norme.

Mais, homo œconomicus va trouver un allié précieux dans l’émergence d’une idéologie nouvelle basée sur l’autonomie et la négation des limites en remplacement de la morale, de l’autorité et d’une certaine approche conservatrice de la vie en société. C’est toute une génération qui acquiert alors une certaine vision du monde. C’est toute une conception de l’homme, des structures sociales et de la culture qui se trouve remise en cause. L’une des conséquences les plus marquantes de cette époque est celle de sa dépolitisation. Au milieu des années quatre-vingt, on assiste à la fin de la société politique dont François Mitterrand sera sans doute le principal fossoyeur lorsqu’il renoncera en 1983 à appliquer le programme pour lequel il a été élu. À partir de cette date, la politique n’a plus pour but de transformer l’ordre des choses, mais de gérer au mieux les contraintes de la mondialisation.

Au tournant des années quatre-vingt, le nouveau conformisme est en place. Le rejet ou la méfiance à l’égard de tout pouvoir s’accompagne du fantasme d’une société composée d’individus autonomes et entreprenants, égaux quant à leurs compétences et leurs talents, vivant dans une société horizontalisée, organisée en réseau dans la plus grande transparence, ignorant les frontières, résorbant tout pouvoir et toute hiérarchie dans la dimension de la pure fonctionnalité.

Malgré tous les efforts de l’État providence et une redistribution toujours plus massive, la puissance naturelle de ce mouvement individualiste conduit à fragiliser tout ce qui se situe entre l’État et l’individu. Et paradoxalement contribue à renforcer l’État. En fragilisant la famille au nom des droits individuels, c’est à l’État qu’est confié le soin de mettre en place les nécessaires soutiens aux parents ou enfants isolés. En fragilisant le rôle d’éducateur jusqu’alors naturellement dévolu aux parents, on confie aux professeurs le soin d’apprendre les rudiments de la vie en commun à des enfants « perdus ». En brisant des parcours professionnels, le marché transfère aux contribuables le soin de financer les politiques d’accompagnement pour permettre la survie de ceux qui se retrouvent « inutiles ». En pulvérisant l’engagement politique et civique, le marché oblige les collectivités publiques à inventer des moments et des lieux où ce qui était un bénévolat naturel devient un moyen de gagner sa vie tout en œuvrant au bien public.

Au tournant du millénaire, l’économie commence à sortir du champ dans laquelle elle était limitée. C’est ce que Karl Polanyi appelle le « désencastrement ». Cette mutation peut se réaliser au moment précis où la sphère de l’échange s’émancipe de l’emprise du politique pour se doter d’une grande autonomie. À partir de cette date, l’économie se dégage des limites dans lesquelles elle était réduite. Sa subordination aux dimensions politiques, culturelles et éthiques de la société se réduit progressivement et la « raison économique » peut commencer son expansion impériale.

À la suite des travaux menés à l’école de Chicago, le champ de l’économie s’étend à l’ensemble des comportements humains et des décisions qui y sont associées. Ce qui définit l’économie, ce n’est plus le caractère marchand ou matériel du problème à traiter ; mais la nature même du problème : toute question qui pose un problème d’allocation de ressources et de choix dans le cadre d’une situation de rareté caractérisée par l’affrontement de finalités concurrentes relève de l’économie et peut-être traitée par les outils de l’analyse économique.

Rien, a priori, ne doit plus lui échapper. L’air, l’eau, l’amour, l’amitié, la politique… pour cette nouvelle théorie que l’on appelle néo-libérale, il s’agit de biens qui ont une valeur, une utilité et dont les « prix » sont régis par les lois de la concurrence. C’est dans cette perspective que l’homme devient un « capital humain ».

Les conséquences de ces nouvelles approches sur l’organisation de nos sociétés sont énormes. A titre d’exemple, c’est à partir de cette conception de l’étudiant comme capital humain que sera initié le processus de Bologne en 1998 qui va conduire à la création de l’espace européen de l’enseignement supérieur. Et c’est dans cet espace que progressivement va s’instaurer une compétition toujours plus forte entre les universités (d’ailleurs s’est maintenant instauré un marché des « profs » au niveau mondial). De la même manière, la concurrence entre les travailleurs va pouvoir s’organiser. La réglementation portant sur le travail détaché est l’une des applications bien connue de cette vision de l’homme. La politique non plus n’échappe pas à ce grand basculement. Dans les années soixante, les économistes de l’Ecole du « public choice » (toujours à Chicago) ont poussé l’idée que c’est au travers d’une nouvelle « technologie » politique que la démocratie pourra se régénérer. Cinquante ans plus tard, en France, l’application pure de cette approche a permis l’émergence d’un Président qui a basé toute sa campagne sur cette idée qu’une nouvelle « technologie » politique correspondrait aux attentes des français et qu’il fallait donc la proposer pour être élu.

Aujourd’hui, le modèle de l’État providence recule partout devant son concurrent : le modèle néo-libéral, c’est-à-dire celui de l’égal accès aux inégalités. L’objet politique change. Il n’est plus de lutter contre les inégalités, mais de permettre à chacun d’y accéder selon le principe de justice de John Rawls. L’homme est devenu mobile, substituable et c’est son mérite qui doit lui permettre de progresser dans une société devenue mondiale et indifférenciée. Et c’est aux règles de la concurrence que l’on confie le soin d’assurer un fonctionnement juste du système.

Mais, notre récit ne se termine pas ici. Certains, dans la Silicon Valley constatent que ce modèle néo-libéral laisse encore trop d’espaces à des activités gratuites. Ils veulent en repousser les limites. Dans cette perspective, ils se proposent de changer de paradigme. « Changer l’être humain plutôt que changer le monde[4]« , telle pourrait être résumée la rupture introduite par ce qui apparait comme le nouveau projet de civilisation. Dans un premier temps, la technologie numérique doit permettre de rendre inutile la relation humaine (le like de Facebook a depuis longtemps remplacé l’amitié sincère). Mais plus fondamentalement, il ne s’agit plus d’améliorer nos conditions de vie sociale par la politique. Il s’agit d’améliorer l’humain directement. Dans ce monde nouveau, il n’est plus question de remettre en cause l’ordre social, il est question de créer un homme parfaitement adapté à l’ordre techno-libéral.

Cet homme augmenté portera de nombreuses prothèses. Or, c’est bien leur présence qui confirme que ce nouvel homme sera en fait un homme diminué. De la même manière que nos étudiants ne savent déjà plus ni écrire ni compter, l’homme augmenté ne saura plus marcher sans son GPS. L’humanité 2.0 sera en réalité très inférieure à celle qui l’a précédée. Dans cette dernière, l’homme « primitif » possédait ses bras, ses cinq sens. Dans l’humanité 2.0, il ne les possède même plus car son corps sera la propriété des multinationales.

Cette grande transformation anthropologique ouvre la porte à la disparition définitive de la société décente et traditionnelle. Le risque est grand que cette idéologie repousse la possibilité d’une vie authentiquement humaine, laquelle suppose d’être partagée plutôt qu’augmentée. Dans un temps qui parait si lointain, il ne s’agissait pas de devenir plus qu’humain, mais simplement d’essayer d’être plus humain !

A la différence des évolutions précédentes, l’idéologie techno-libérale, si nous n’y prenons garde, peut détruire les principes fondateurs de l’humanisme européen. Son projet de changer l’homme n’est pas à prendre à la légère. Pour annoncer le lancement de sa nouvelle société Neuralink[5] , Elon Musk a expliqué que ce serait le seul moyen qu’aurait l’homme pour ne pas être dépassé par l’Intelligence Artificielle !

Mais, cette société mondialisée, standardisée et marchandisée à l’extrême, est-elle certaine ? La société civile arrive au pouvoir. Peut-être pensera t-elle que l’histoire n’est pas encore écrite. Peut-être imaginera t-elle qu’il est honorable de porter une autre vision dans laquelle un monde imparfait, mais humain est encore possible. Pour ce faire, elle devra reconsidérer notre vision du progrès. Le vrai progressisme ne réside pas dans le nombre de puces qui seront implantées dans notre corps, ni de notre capacité à vivre 150 ans, et encore moins d’être asservi aux machines. Le vrai progressisme sera d’avoir décidé de « nous empêcher[6]« , c’est-à-dire de rester humain tout simplement.

 

[1] La théorie des sentiments moraux, Puf, 2014

[2] La richesse des nations, Adam Smith, Flammarion, 1999

[3] Libéralisme et justice sociale, Jean-Pierre Dupuy, ed Pluriel 1992

[4] Nicolas Le Dévédec, Figarovox, 2 septembre 2016

[5] L’objet de cette société est de développer des puces électroniques qui seraient implantées dans notre cerveau afin d’en augmenter ses capacités. Ainsi notre cerveau pourrait devenir la propriété de Neuralink !

[6] « Un homme, ça s’empêche », phrase que l’on doit au père d’Albert Camus

Par Frédéric WEBER,
Il nous livre sa vision de l’édile du XXIe
siècle.

Penser trop souvent que le développement ne doit s’opérer que dans les grandes villes et métropoles est une profonde erreur. En effet, le potentiel créatif des bassins de vie de notre 6ème circonscription du Var est une réalité. Les ressources de notre territoire, et son attrait notamment pour le tourisme et le développement d’une économie de proximité, sont pourtant largement sous exploitées.

Je suis convaincu que des porteurs de projets innovants feraient le choix de s’installer ici. La plupart entament une vie de famille et cherchent un lieu où concilier opportunités professionnelles inspirantes et qualité de vie. Pour réussir, il est nécessaire de développer l’agilité de l’écosystème local et créer une dynamique économique, en zone rurale. Notre territoire doit aussi être moins inégalitaire, et réduire un taux de chômage qui varie dangereusement entre le nord et le sud avec des écarts très marqués entre les plus aisés et les plus pauvres.

FAIRE DU TERRITOIRE COLLABORATIF UN DES AXES FORTS DE MA POLITIQUE. QU’EST-CE QUE CELA SIGNIFIE ?

Le monde est en mutation et les zones rurales en sont les oubliées. Pour ne pas subir les décisions prises sans nous, nous devons nous engager pour construire ensemble de nouveaux espaces où s’inventent les transitions numérique, écologique, économique et démocratique. Je crois que le temps des maires uniquement bâtisseurs est derrière nous. Ainsi, le rôle d’un député est aujourd’hui de réunir les acteurs autour d’une table pour choisir ensemble ces mutations plutôt que de les subir, et décider de quelle ruralité nous voulons tous demain. L’économie sociale et solidaire doit peser plus pour créer des emplois ici. Côté numérique, le haut débit ne vient même pas jusqu’à nous. Nous devons devenir une des premières zones rurales labellisées « French Tech » pour générer des emplois. Je suis convaincu par la nécessité de rassembler chercheurs, start-up, associations, tiers-lieux, acteurs des solidarités et de l’éducation autour d’une question : comment mettre la transition numérique au service d’une société plus horizontale et plus respectueuse de notre environnement ? Cela passe par une lutte contre les fractures numériques et un travail sur l’éducation et la médiation. Au sein de notre territoire, beaucoup de talents doivent se rencontrer. Notre responsabilité, c’est de favoriser les croisements car c’est ainsi que des solutions concrètes émergent. Nous appelons cela des « frictions créatives ».

Je crois que le temps des maires uniquement bâtisseurs est derrière nous !

S’APPUYER SUR DES EXEMPLES CONCRETS DE CONSTRUCTION AVEC DES ACTEURS DIFFÉRENTS

Il y a quelques années, à San Francisco, les habitants pouvaient faire remonter leurs suggestions à la mairie via une application. J’ai envie du même processus de gouvernance horizontale pour notre territoire, mais sans tomber dans le copié-collé. Pour réaliser ce projet, nous allons faire travailler, en collaboration avec un grand groupe, des start-up locales et un panel d’usagers. L’application serait testée avant la fin de son développement pour que les citoyens l’évaluent et proposent des améliorations. Pour quel résultat ? Une application ultra-personnalisée qui vous indiquera, par exemple, quels sont les documents nécessaires pour une démarche en mairie, quel est l’horaire du prochain bus, quel est le menu de la cantine de mon enfant ce midi… Il est nécessaire de créer de nouveaux réseaux d’échanges imaginés avec les citoyens et les acteurs économiques.

FAIRE PARTICIPER LES CITOYENS C’EST BIEN MAIS PAS TOUJOURS ÉVIDENT. À QUELS DÉFIS FAIRE FACE ?

Cessons de penser que les Français ne s’intéressent plus à la politique : c’est l’offre des appareils politiques qui est dépassée. Je crois au suffrage universel mais aujourd’hui on ne peut plus gouverner un territoire sans ses habitants. Un exemple : je souhaite lancer une grande consultation citoyenne sur l’aménagement de chaque bassin de vie de la circonscription. De cette manière, nous nous assurerons que le projet soit bien ancré dans les usages des habitants. Par ailleurs, chacun pourra participer au débat avec son prisme : étudiant, mère de famille, retraité… Dans les conseils citoyens que je souhaite mettre en place, le processus de délibération collective entre gens d’un même hameau, quartier ou village qui ne se connaissent pas, permettra de générer du commun.

L’enjeu de la démocratie locale est donc double : raviver l’intérêt général et faire en sorte d’améliorer les politiques publiques.

Pour autant, cela ne s’improvise pas, une méthode est nécessaire pour que toutes les tranches d’âges soient représentées. Des créneaux horaires seront définis pour permettre aux participants de se libérer. Pour ceux qui ne pourront se déplacer, nous refonderons notamment l’offre de participation publique via une plateforme numérique citoyenne. En effet, les demandes se font actuellement et généralement par courrier ou téléphone, elle pourront se faire aussi par les réseaux sociaux Facebook, Twitter, ou via l’application. C’est donc bien toute l’organisation du service public – son « back office » – qui doit être repensée.

Il faut cesser de penser que les Français ne s’intéressent plus à la politique ; c’est l’offre des appareils politiques qui est dépassée.

ARTICULER TRANSPORTS PUBLIC ET INDIVIDUEL EN ZONE RURALE ? COMMENT FAIRE ?

Notre stratégie, c’est d’abord de favoriser les modes de déplacements doux et les transports en commun adaptés. Il est urgent de repenser la « multimodalité », c’est-à-dire la connexion entre transports public et individuel pour les zones périurbaines et rurales. On doit donc beaucoup investir dans des parkings relais à destination des voitures avec le développement des transports en commun vers les gares. Un plan vélo doit être également adopté pour favoriser la circulation en deux-roues.

La réponse réside aussi dans la facilité de mobiliser un transport personnalisé grâce au numérique et un numéro vert pour permettre l’accès aux services de proximité : centres commerciaux, gares, acteurs médicaux et paramédicaux, banques …

Je souhaiterais aussi créer des espaces de « co-working »[1] pour mettre en synergie des indépendants, entreprises, T.P.E et P.M.E. Afin de limiter l’utilisation de la voiture pour se rendre sur son lieu de travail, souvent dans les grandes villes, il suffirait de développer le télétravail un à deux jours par semaine dans ces espaces dédiés.

Nous ne devons pas seulement raisonner en termes d’infrastructure mais aussi d’usage. Il faut optimiser nos espaces publics et privés en mutualisant les ressources. Mais cela exige de mettre les gens autour de la table pour définir les règles du jeu. Autre exemple de politique des usages : en plus d’ajouter des lignes de bus, nous pourrons travailler à une meilleure répartition des déplacements, en échelonnant les heures de départ au bureau, et donc en favorisant le télétravail.

COMMENT GÉRER LA PLACE GRANDISSANTE QU’OCCUPE L’ÉCONOMIE COLLABORATIVE DANS LA VIE DE LA CITÉ, SANS LE FAIRE AU DÉTRIMENT D’ACTEURS EXISTANTS ?

On mélange beaucoup de choses dans ce terme : du lucratif, mais aussi le troc, les jardins partagés ou encore les espaces de co-working et les tiers-lieux. Nous devons ainsi développer de nouveaux réseaux d’échanges pour fédérer un grand nombre de ces acteurs, et je considère que c’est d’abord une opportunité pour notre territoire. Néanmoins, quand cela prend des proportions telles qu’il n’y a plus d’égalité devant l’impôt, ou des risques de désertification, l’État et les collectivités locales doivent prendre leurs responsabilités. C’est une question nationale mais qui peut aussi avoir des réponses locales. Prenez le débat, entre Airbnb et les hôtels, qui concerne notre territoire. Plutôt que de prendre parti, il faudrait inciter les hôteliers à se regrouper pour créer une plateforme de réservation locale. Je reste modeste car ce n’est qu’une piste, et qu’ils ne sont pas en situation de concurrencer les grands groupes. Mais demain, ce type d’initiative pourrait constituer une véritable réponse. N’imaginons pas que ce n’est pas possible, il suffit de voir ce que la nouvelle Maire de Barcelone a réussi à faire pour comprendre que de nos jours, tout est possible !

CERTAINES DES SOLUTIONS ÉVOQUÉES S’APPUIENT SUR LE NUMÉRIQUE. COMMENT FAIRE EN SORTE QU’ELLES PROFITENT À TOUS LES HABITANTS ?

C’est vraiment une question déterminante. Soit on considère que les transitions écologique et numérique doivent contribuer aussi à lutter contre les inégalités, soit on se dit que ce sujet est secondaire. Pour moi, il est primordial, et on doit en faire un objectif politique et stratégique pour éviter de créer une fracture supplémentaire. Nous devons donc énormément investir dans l’éducation au numérique. Je souhaiterais accompagner un projet d’une grande école du numérique, pour savoir comment aller chercher des gens qui n’ont pas un parcours bac + 5. Les us et coutumes font que ce genre de projet s’adresse aux grandes villes et pourquoi pas en zone rurale pour dynamiser la vie locale.

Je souhaiterais aussi lancer l’idée un coffre-fort numérique qui permettrait aux personnes en grande précarité de sécuriser leurs papiers et documents personnels. C’est un des premiers soucis évoqués par les sans-abri et les jeunes. Des solutions imaginées sans concertation, par les férus du numérique ou la collectivité bien pensante, ne fonctionneront pas. L’événementiel est aussi un formidable outil pour populariser le numérique. Pour parler patrimoine, culture, handicap, éducation. On inciterait aussi les start-up locales à venir présenter directement leurs projets dans des endroits passants. Il faut montrer qu’il s’agit d’un milieu ouvert.

Des solutions, imaginées dans leur coin par les férus du numérique ou la collectivité bien pensante, ne marcheront pas.

POSITIONNER NOTRE CIRCONSCRIPTION, ET PLUS LARGEMENT NOTRE DÉPARTEMENT EN LEADER D’UNE AGRICULTURE DU XXIème SIÈCLE

Nos concitoyens veulent continuer à vivre dans un environnement qu’ils apprécient, mais ils sont aussi conscients que les multiples crises actuelles montrent que nous sommes à la fin d’un cycle et que nous devons réinventer de nouveaux modèles agricoles capables de préserver nos paysages.

Mon projet est de faire de ma circonscription un espace à la pointe d’une agriculture moderne et innovante. En particulier, je souhaite créer et développer le concept d’espaces-test agricoles pour permettre à des entrepreneurs paysans de tester leur projet d’exploitation agricole dans un cadre juridique et matériel sécurisé. A l’image des incubateurs d’entreprise, je souhaite que ces entrepreneurs en herbe trouvent dans notre territoire les services d’accompagnement, de formation et de financement dont ils ont besoin.

Dans la même perspective, je propose de créer des démonstrateurs des nouveaux modèles agricoles qui commencent à se développer partout dans le monde.

L’ensemble de cette politique permettrait à notre territoire de se positionner pour devenir un lieu de formation et de recherche capable d’attirer les chercheurs, techniciens, enseignants et étudiants du monde entier qui travaillent à l’heure actuelle sur les sciences du vivant, le « low tech » en matière agricole et les nouveaux modèles (permaculture par exemple).

DES LOGEMENTS, OUI MAIS POUR QUI ? SOUS QUELLES FORMES ?

Des logements sociaux tout d’abord, il en faut. Ils seront gérer à l’échelle du territoire pour répondre en priorité aux besoins des habitants. Beaucoup de jeunes vivent par exemple chez leurs parents faute de ressources suffisantes. L’accession à l’emploi et donc au logement sont indissociables. De plus, il ne s’agit pas d’aller à la facilité en créant des logements sociaux concentrés dans un même lieu ou bâtiment pour des raisons avant tout, de facilité de gestion. On parle de contrat de mixité sociale et on crée des guettos. Il faut aussi repenser l’offre en créant des résidences alternatives, intergénérationnelles, favorisant les interrelations et le vivre-ensemble. De plus, le tourisme et notre activité agricole nécessitent l’embauche d’un nombre important de saisonniers. Le besoin de logements est important. Il convient d’y répondre. Nous devons penser collectivement les réponses en matière de logement. Les idées ne manquent pas ! Il faut les concrétiser avant que notre territoire se transforme en une cité gigantesque cité dortoir à la périphérie des grandes villes.

UN DÉPUTÉ PEUT-IL ÊTRE UN DES  NOUVEAUX MAÎTRES DU MONDE ? JE NE LE PENSE PAS

Je suis persuadé que le territoire est l’échelle pertinente pour inventer le monde de demain. 80 % des habitants à l’échelle du globe vivent désormais dans les villes. Aujourd’hui, nos gouvernants ont acté les évolutions de notre territoire par une urbanisation massive pour désengorger les villes, et en imposant des choix contestables avec notamment la construction de la L.G.V. Il faut donc maintenant se mettre en mouvement pour contester ces projets et pour proposer collectivement des évolutions adaptées à nos besoins au travers de l’instauration d’une démocratie participative. La particularité d’un député d’une grande circonscription comme la 6ème du département du Var est dès lors de concilier deux choses : une vision stratégique – de quel territoire ai-je envie dans 10-15 ans ? –, et un ancrage dans le quotidien et la réalité des habitants. Le pragmatisme et l’utopie prospective doivent se nourrir mutuellement.

Néanmoins, je ne crois pas à un développement endogène des territoires, qui ne se préoccuperaient que de leur propre intérêt. Je revendique l’alliance des territoires pour que les métropoles pensent leur développement au bénéfice des territoires périurbains et ruraux qui les environnent. Malheureusement on oppose en permanence les deux, comme s’il n’y avait qu’une urbanité. Mais lorsqu’on parle transition écologique ou alimentation locale, on voit que ces sujets-là nous amènent de fait à penser les interactions entre ville et campagne.

Frédéric WEBER
Candidat aux élections législatives 2017
6ème circonscription du Var

 

[1] Espace de travail partagé

Par Frédéric Weber.

Notre territoire suscite un regain d’intérêt depuis quelques années. Il fait l’objet de discours plus ou moins éclairés, plus ou moins construits. C’est aussi l’actualité qui nous pousse à nous intéresser de près à notre futur environnement avec des évolutions actées par nos élus en matière d’urbanisation massive sans aucune information ni concertation. Les échéances électorales récentes mettent en lumière le fossé béant qui continue de se creuser entre ce qu’ont prévu nos dirigeants et le ressenti de la société civile.

Nous sentons tous que la question du pouvoir des territoires mérite d’être posée. Nous sentons tous que nous devons re-politiser les citoyens en installant plus de démocratie locale, plus de concertation citoyenne, plus de possibilités pour chacun de contribuer à l’évolution de son territoire.

Mais alors, comment cimenter ce qui s’est peu à peu délité et redonner du sens à nos existences, qu’est ce qui fait qu’une société d’individus tient ensemble ?

Ce que nous souhaitons c’est susciter l’imagination, si désespérément absente de la politique contemporaine. Élection de Trump, Brexit, enlisement de la présidentielle… Un exercice collectif de politique-fiction nous semble plus que jamais nécessaire. Dans l’Ouest varois, notre situation géographique entre deux grandes villes concentre déjà puissance démographique, culturelle et économique.

Que se passerait-il si, dans un système-monde en plein délitement, les bassins de vie conquerraient un pouvoir politique équivalent ? Et si les Territoires-États faisaient leur grand retour ? S’agirait-il d’un progrès, ou au contraire d’un grand bond en arrière ? Quel monde pourrions-nous reconstruire sur la base d’une grande société au sein de laquelle la participation de tous à l’action publique serait devenue naturelle ?

D’un point de vue environnemental, les zones rurales sont, selon nous, le problème et la solution. C’est-à-dire ?

Ces zones sont une part substantielle du problème, oui, et probablement un échelon auquel bon nombre des enjeux environnementaux peuvent être pris à bras le corps. Il y a 300 ans, nous étions à peu près tous des paysans. Nous consommions ce que nous récoltions localement, et l’industrie était embryonnaire. En très peu de temps, l’humanité est devenue citadine (54 % de la population mondiale vit désormais en ville, 75 % en 2050).

Nous nous sommes massés dans les aires urbaines : un bouleversement d’une telle ampleur, à une telle vitesse, ne pouvait donner naissance qu’à un système déséquilibré. C’est un fait : nos villes sont encombrées, embouteillées, elles consomment des quantités prodigieuses de ressources et d’énergie qui doivent être acheminées de loin… Pas étonnant que certaines études estiment que 70 % des gaz à effet de serre émanent des zones urbaines.
Il est prévu, rien que sur la zone de l’ouest varois, une densification de sa population de plus de 15 000 personnes pour évoluer vers une mégapole.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il existe une énorme marge de progression ! Or, des débuts de solutions existent.

Quelles sont ces solutions ?

Agriculture biologique et/ou circuits courts alimentaires couplés à des chaînes logistiques distribuées, mobilité propre et partagée, ré-appropriation par les territoires d’une énergie propre, démarches zéro déchet, économie circulaire, etc. Ne manque qu’une vision – et une volonté – politique cohérente. Qu’un seul territoire s’en empare et parvienne à équilibrer l’équation, et d’autres suivront. La face du monde pourrait s’en trouver changée plus vite qu’on ne le croit. Ou alors, nous pouvons continuer à attendre le salut d’un énième accord international sur le climat…

Comment faire pour que les territoires ne s’enferment pas dans une bulle ?

Notre appel ne constitue pas une invitation au repli autarcique, bien au contraire. Les entités du passé étaient autonomes, mais pas isolées. Elles entretenaient des relations complexes avec les territoires environnants, et formaient même parfois des ligues – marchandes, à l’instar de la Ligue hanséatique, ou militaires, comme les Ligues lombardes – entre elles.

Nous pensons que certains de nos territoires sont aujourd’hui en mesure d’assumer un rôle politique plus important dans un contexte d’États-nations finissant. Inutile de se faire trop d’illusion : les politiques traditionnelles avec celle qui se met en place actuellement, ne peuvent que précipiter le déclin qu’elles prétendent combattre. D’une certaine façon, le retour des territoires-États est déjà une réalité.

Des exemples ?

Regardez ce qui se passe aux États-Unis avec le début de fronde des villes sanctuaires contre la politique migratoire de l’administration Trump. Si nous ne faisons rien, oui, les grandes villes deviendront des forteresses au sein desquelles les élites mondiales se mureront pendant que le chaos continue de s’installer dans les périphéries.

Nous sommes persuadés que pour éviter la constitution de bulles, il faudra paradoxalement passer par le renforcement du pouvoir politique des territoires. Et par territoire, nous n’entendons pas un territoire exclusif borné par un périphérique ou par des vignes, mais plutôt un espace dynamique articulé avec son environnement. Il ne s’agit pas d’opposer ville et campagne mais plutôt de réunir les progressistes ruraux et urbains à une échelle où l’action est encore possible.

CitizenLab semble prendre une orientation plus sociale. Cette sensibilité a-t-elle toujours été au cœur de votre démarche?

Cette sensibilité a toujours été présente chez CitizenLab. Quand j’ai rejoint ce groupe, il y a maintenant 10 mois, nous nous intéressions à l’économie locale naissante parce que nous pensions – sans doute avec une certaine naïveté – qu’elle était annonciatrice d’un modèle de société nouveau. Quand il est devenu clair que les choses étaient en fait un peu plus compliquées, nous en avons pris acte.

Relisez nos écrits que nous avons publiés au fil du temps sur notre site : nous n’avons jamais été des adulateurs ni de la mondialisation financiarisée, ni de la disruption à tout prix, nous avons toujours cherché à construire un discours critique conciliant innovation et progrès social, et ce, quels que soient les effets de mode du moment (économie du partage, blockchain, ubérisation, coopérativisme de plateforme).

Comment définiriez-vous CitizenLab, alors ?

Pour moi, ce n’est pas un énième think tank focalisé sur telle ou telle thématique : c’est avant tout un groupe de gens qui partagent des questionnements – voire même des doutes – et une sensibilité commune. Par exemple, l’économie numérique peut-elle être orientée pour accoucher d’une organisation du travail différente, et au-delà, chambouler véritablement les structures sociales sclérosées dont nous avons héritées ? Cette promesse peut-elle être même tenue ? Le néolibéralisme qui est en train de submerger notre monde n’est-il pas en train de fissurer tout ce qui est encore gratuit dans nos sociétés ? Voilà le genre de questionnement qui nous a toujours aiguillés.

De ce point de vue, en questionnant la vision techno-centrée et « solutionniste » portée par l’idéologie de la smart city, en remettant sur la table les sujets de la démocratie, de la privatisation de l’espace public et du vivre-ensemble, j’ai l’impression que nous restons fidèles à nous-mêmes.

Comment les villes et les zones rurales abandonnées, qui ne sont pas fédérées politiquement, peuvent-elles peser politiquement face à des forces économiques qui les dépassent ?

J’ai bien évidemment une idée sur le sujet en sachant qu’il ne faut pas retomber dans une autre forme de « solutionnisme ».

Il ne suffit pas de lancer une monnaie locale, par exemple, pour que des circuits économiques locaux se recréent comme par magie. C’est une partie de la solution, mais il y en a bien d’autres (je ne vais pas me lancer dans un inventaire à la Prévert, mais en vrac : démocratie locale profitant des progrès des civic tech, mobilité partagée, circuits courts, agriculture moderne et raisonnée, ateliers de fabrication numérique, etc.). Encore une fois, il ne s’agit pas de refermer les bassins de vie sur eux-mêmes, mais de leur redonner prise sur leur destin.

Que dire de leur capacité à peser face aux grandes multinationales ?

C’est une autre paire de manches. Là aussi, la question est complexe, et mériterait un traitement à part. Je me bornerai à quelques remarques : une frontière est une construction sociale et culturelle, il y a, dans nos territoires, quelque chose de plus concret. Pour les acteurs géants du numérique par exemple, les frontières nationales sont en effet facilement contournables. Il est facile, pour une entreprise transnationale, de s’adonner joyeusement au jeu de l’optimisation fiscale.

Il est plus compliqué, en revanche, d’échapper aux régulations et aux taxes locales : il faut bien que vos bureaux, vos clients, vos contributeurs ou vos data centers soient quelque part. Et quand la volonté politique est là… La plupart des grandes plateformes ont déjà pu s’en rendre compte. Je pense notamment au bras de fer engagé entre la mairie de Barcelone et Airbnb. De même que le numérique n’est pas immatériel, multinational ne signifie pas déterritorialisé. Il est très possible que, selon un paradoxe qui n’est qu’apparent, il soit plus facile d’encadrer des acteurs mondiaux en se fondant sur l’échelon local plutôt que national.

La gouvernance des territoires peut-elle être meilleure que celle des États ?

Il n’existe bien évidemment aucune garantie sur ce point. Cependant, à titre personnel, je pense que le système de démocratie représentative qui s’est construit à l’époque moderne est entré dans une phase de crise terminale. Franchement, vous ne trouvez pas le spectacle de ces élections présidentielles absolument lamentable ?

S’il est impossible d’organiser un semblant de démocratie dans un pays de 65 millions d’habitant, la chose est possible à l’échelle d’un territoire. S’il n’est plus à prouver que le pouvoir corrompt, essayons donc de l’éclater et de le distribuer à l’échelle du local. Notre appel est double : que ceux qui se battent pour le progrès prennent le pouvoir dans leurs villes et villages, que les villes et villages prennent le pouvoir dans le monde. L’un ne peut aller sans l’autre.

 

Frédéric WEBER, membre de CitizenLab
Candidat à l’élection législatives 2017 dans la 6ème circonscription du Var
mai 2017

Compte tenu de l’échec des processus des primaires des partis politiques ,

Compte tenu de la contestation forte des processus de désignation des différents candidats pour les investitures ,

Force est de constater qu’il est urgent de modifier totalement les processus de désignation des candidats pour toutes les élections des représentants des citoyens.

C’est pourquoi, certaines des propositions de Sénat Citoyen sont intégrées dans notre projet « Génération Demain ».

Nous devons ré-instaurer de la démocratie au sein de nos institutions, et cela passe par  une répartition équilibrée des pouvoirs et des rôles des femmes et des hommes au sein de celles-ci, qu’elles soient nationales ou locales.

Mai 2017 – Par Cyril Delattre

Par nature, le monde de demain sera ce que les enfants d’aujourd’hui en feront. Je rajouterai aussi que le terreau que nous, parents et grands-parents, aurons remué et les graines que nous y aurons plantées y participeront.

C’est dire notre responsabilité du moment présent qui est essentiellement de tout mettre en œuvre pour permettre à chaque enfant de pouvoir faire librement ses propres choix, aujourd’hui comme demain.

L’école va évoluer grandement, elle n’est plus adaptée au monde qui se dessine, à des besoins complètement nouveaux. Un monde où la coopération sera plus utilisée que la compétition, où les enjeux écologiques seront de plus en plus vitaux, où la connaissance de soi permettra de mieux connaître l’autre…

Le système est à bout de souffle.

Par ci et par là, des initiatives magnifiques se mettent en place, à l’intérieur comme à l’extérieur du système national.

Ici et également ailleurs car dans le monde entier des écoles d’un genre nouveau se créent.

 

C’est avec la volonté de participer utilement à cette évolution qu’avec Stéphanie de Tourris et Sandrine Tabard nous avons imaginé puis formalisé un grand projet pour l’école de demain. Il s’appelle “l’Ecole Inspire“.

Nous voulons être non seulement des acteurs de changement mais aussi et surtout des auteurs de ces mutations.

L’École Inspire sera une sorte de campus dans la nature. À Marseille ou à côté. Il y aura trois espaces complémentaires qui interagiront. Ce sera un écosystème ouvert. Son architecture sera de bois, de verre et de vert.

 

Il y aura un espace dédié à la recherche. Seront disponibles en un seul lieu toutes les données sur la création d’écoles alternatives dans le monde entier, sur les recherches internationales en cours, sur tout ce qui a été fait dans le temps aussi. Toute cette matière sera mise à disposition des chercheurs que nous accueillerons dans cet espace favorisant l’étude, la créativité, la sérénité, les échanges.

Nous travaillons à la possibilité de créer des résidences de chercheurs.

Nous favoriserons également la rencontre des disciplines pour l’inter et la transdisciplinarité. Des musiciens, des poètes, par exemple, côtoieront des chercheurs en pédagogie, en sciences humaines ou cognitives…

De cet ensemble sortiront des projets, des idées, des solutions, des propositions.

 

Il y aura un espace éducatif, une école. Une école qui accueillera des enfants de la maternelle à la terminale. Nous travaillerons avec des écoles alternatives existantes. Une école qui sera ouverte sur la nature. Les enfants pourront sans crainte grimper dans les arbres ! Et pourquoi pas avec des salles de classe installées dans des cabanes perchées ! Nous appliquerons des approches nouvelles, centrées sur les besoins de chaque enfant. En respectant les besoins fondamentaux de lecture, écriture, comptage… mais aussi avec de la philosophie, de la méditation…

L’École Inspire aura également pour missions d’aider les créateurs d’écoles alternatives et de coopérer avec l’Éducation Nationale pour les écoles publiques. L’enjeu étant clairement que ces nouvelles expériences puissent être mises au service de tous les enfants.

 

Il y aura un espace de transmission. Sous un double axe : informer et former.

Une agence de production de news créera des reportages, des émissions de radio, des articles, gérera des réseaux sociaux, participera à des débats et en organisera également. L’École Inspire sera aussi un lieu d’organisations de séminaires et d’autres types de réunions et de rencontres. Pour montrer, expliquer, diffuser, en français et en anglais, ce qui se fera en matière d’éducation, ici et ailleurs.

Un centre de formation complétera cet écosystème. Avec un programme de formations destinées aux professeurs, éducateurs mais aussi aux parents et aux enfants.

 

Après avoir formalisé ce projet, nous sommes allés à la rencontre de personnalités reconnues du monde de l’éducation et d’auteurs de nouvelles approches sociétales. L’accueil a été excellent. Notre projet a du sens et une place utile pour la communauté éducative concernée par ces changements. Et pour nos enfants.

 

Nous avançons. Avec détermination et enthousiasme tant l’École Inspire attire d’énergies et de regards bienveillants !

Les enjeux financiers sont maintenant là, juste devant nous.

Chaque lieu est affiné dans son concept, le fonctionnement détaillé pour être chiffré.

 

Nous croyons en une ouverture prévue en 2019 dans sa globalité.

Cyril Delattre

 

Pour nous joindre :

cyril@lecoleinspire.org

 

Mai 2017

 

 

 

 

« Nous sommes des corps sans vie dans un système qui engendre la concurrence, la haine et empêche le travail en équipe et l’apprentissage authentique. Nous sommes sans passion sincère. Nous sommes malades[1]« . Voici ce qu’écrit une lycéenne Californienne après qu’une vague de suicides ait emporté plusieurs de ses camarades. Sous le soleil de la Californie opulente, où se construit la société de demain, des adolescents renoncent à vivre. Là-bas, on installe des caméras de surveillance pour prévenir les suicides et on brandit des valeurs creuses comme autant de remparts, censés retenir les âmes avides de sens.

Les idées ne meurent jamais. Le sens de la vie continue à être l’obsession des cœurs de 20 ans. Mais la politique est devenue incapable d’y répondre. Qu’attendons-nous de la politique ? Y croyons-nous encore ? Est-il encore possible de transformer l’ordre des choses et de rompre l’isolement dans lequel nous sommes toujours plus enfermés ?

En ce début de troisième millénaire, nous pensions assurer le triomphe de la démocratie et de l’économie de marché. Cette alliance formant ce qu’il est commun d’appeler la démocratie libérale. De fait, il nous semble plus réaliste de dire que le véritable (et seul) vainqueur est le marché, ou plutôt une nouvelle forme de marché. Par l’extraordinaire prépondérance qu’il a prise dans nos vies, et par son alliance avec le culte du progrès, le marché semble devenu notre ultime projet de société.

Au siècle dernier, Georges Orwell, Simone Weil ou encore Hanna Arendt nous alertaient déjà et voyaient dans la « Common Decency » et « l’Enracinement » les principes qui pourraient s’opposer à l’avènement d’un tel projet total. La « Radical Othodoxy » et plus récemment Phillip Blond ont eux aussi construit une pensée alternative pour protéger les gens ordinaires des ravages de la main invisible chère à Adam Smith. C’est dans le prolongement de ce courant de pensée que nous voyons dans la « GRANDE SOCIÉTÉ » une réponse à l’incapacité de la politique à transformer l’ordre des choses et à redonner aux gens l’envie d’une vie commune et décente.

« Nous sommes sans passion sincère. Nous sommes malades » crie l’adolescente de la Silicon Valley. C’est à elle et à tous ceux qui ne croient plus, sinon qu’on peut « changer le monde », au moins « empêcher qu’il ne se défasse » que s’adresse la « GRANDE SOCIÉTÉ ». Face aux immense défis qui nous attendent, entre l’État centralisé et le marché, existe une autre voie, celle du retour d’un acteur que ces deux idéologies ont tout fait pour écarter : la société elle-même. Cette voie est étroite, mais nous n’en voyons pas d’autres.

Nos responsables estiment que la société est figée et qu’il faut la forcer à bouger. NOUS SOMMES CONVAINCUS DE L’EXACT INVERSE. C’est la société qui est créative et vivante et c’est la politique qui est devenue stérile. C’est cette créativité, ce dynamisme, ces relations naturelles d’entre aide et de soutien entre les gens que nous appelons la « GRANDE SOCIÉTÉ ». Elle est la base des réponses à ce dont nous avons besoin : des relations sociales, une sécurité économique pour nous et nos enfants, un logement décent et pour les plus anciens une fin de vie digne. Et enfin, et peut-être surtout, l’expérience d’appartenir de nouveau à un monde commun.

Loin de l’individualisme, du désengagement, de l’indifférence qui nous guettent, ce projet consiste à transformer radicalement le fonctionnement de la sphère publique en prenant appui sur le potentiel que constitue la société civile et, en conséquence de réduire la dépendance des individus à l’État- providence et aux forces du marché.

La « GRANDE SOCIÉTÉ » c’est d’abord la vision d’une société construite autour de trois valeurs majeures :

  • LA JUSTICE. Les statuts et rentes qui caractérisent notre pays doivent laisser place à la mobilité sociale et à l’égalité des chances. Le tout permettra de bâtir un ordre social et économique juste et universel.

  • LA RESPONSABILITE. Nous devons proposer un mode nouveau d’exercice de la responsabilité individuelle. Construire une société responsable, c’est faire le pari de notre capacité à reprendre notre vie en main et à nous engager de nouveau dans la vie publique.

  • LA CONFIANCE. Nous avons changé de monde, profitons-en pour redevenir nous-mêmes : un Peuple libre, fier de son histoire et de sa culture et porteur d’un message universel. C’est à partir de cette confiance retrouvée que nous pourrons alors reconstruire une société inclusive autour de notre projet commun.

La « GRANDE SOCIÉTÉ » c’est ensuite une vision d’ensemble qui préside à la mise en œuvre des réformes. Trois principes sont au cœur de cette vision :

  • LE PRINCIPE DE DÉCENTRALISATION ET DE SUBSIDIARITÉ. Le pouvoir doit s’exercer à l’échelon approprié le plus proche des gens ou de l’usager. Le niveau central doit être limité dans son ambition et modeste dans l’exercice de son autorité.

  • LE PRINCIPE D’OUVERTURE ET DE PARTENARIAT. L’accès aux marchés publics et la fourniture de certains services publics doivent être facilités pour les acteurs du tiers secteur. De nouvelles modalités de financement d’actions d’intérêt public doivent permettre d’augmenter largement les ressources mises à disposition de ces actions.

  • LE PRINCIPE D’ENGAGEMENT. La construction de la décision publique et du service rendu, mais aussi leur évaluation doivent impliquer bien davantage le citoyen et l’usager d’un service public. La vie politique même doit s’ouvrir à la société civile pour qu’elle retrouve enfin une représentativité suffisante.

La « GRANDE SOCIÉTÉ », ce sont enfin cinq priorités d’actions pour opérer les grandes transformations qui permettront de rebâtir une société inclusive et dynamique.

  • Nous voulons transformer radicalement le fonctionnement de la sphère publique en pariant sur l’engagement des citoyens pour bâtir UNE NOUVELLE DÉMOCRATIE. Pour réussir dans le monde de demain, c’est toute la société qu’il faut apprendre à solliciter dans le cadre d’une nouvelle démarche participative au sein de laquelle chacun pourra contribuer à sa mesure. Nous voulons que chaque Français puisse se sentir partie prenante de notre démocratie et qu’il y joue un rôle central et ce, à tous les niveaux de notre organisation politique et sociale.

  • Dans les territoires, nous avons sous nos yeux la preuve quotidienne que des modèles efficaces, intensifs en emplois durables existent, et peuvent recréer enthousiasme et confiance. Notre ambition est de transposer toutes ces réalisations à grande échelle pour développer localement L’ÉCONOMIE DU NOUVEAU MONDE. C’est en promouvant un capitalisme de proximité, en régionalisant notre politique de l’énergie, en engageant de manière massive la révolution verte que nous créerons une économie intensive en emplois durables, économes en ressources naturelles et créatrice de pouvoir d’achat pour tous ses acteurs.

  • Les mutations de notre société nous imposent de transformer de manière radicale notre modèle social pour l’adapter au monde nouveau. Dans cette perspective, nous prônons UNE PROTECTION SOCIALE UNIVERSELLE ET ACTIVE qui favorise l’autonomie et l’épanouissement de l’individu. Nous proposons de passer d’un système qui privilégie les transferts sociaux pour compenser une perte de revenus, à un système qui vise à rendre aux personnes leur autonomie sociale et économique en donnant à chacune une chance égale de développer ses capacités.

  • L’éducation est l’enjeu premier de notre présent et de notre avenir. Parler de parcours éducatifs, ce n’est pas uniquement changer les modalités d’action, c’est changer structurellement et en profondeur le fonctionnement de notre système éducatif dans sa globalité en y associant tous les acteurs. Notre projet vise à proposer de profonds changements pour construire les PARCOURS ÉDUCATIFS qui, adaptés à chacun de nos enfants, leur permettront d’exploiter leurs talents et d’entrer dans la vie avec confiance.

  • Parce que nous avons changé de Monde, nous devons avoir comme ambition de raviver notre idéal républicain afin de redevenir nous-mêmes. Dans le même temps, nous devons répondre aux questions qui vont déterminer notre existence et celle d’une « certaine idée de la France » dans les 30 prochaines années. Et c’est au cœur de l’Europe que se trouvent les réponses. Fiers de ce que nous sommes, exigeants en matière de sécurité et de justice, notre projet vise à redonner des repères à tous ceux qui en ont besoin pour reconstruire un ESPRIT NATIONAL et EUROPÉEN.

Par CitizenLab – 14 avril 2017

[1] Une vague de suicides dans deux lycées de la Silicon Valley lance un débat sur le culte de l’excellence, Slate.fr 27 avril 2015

Spicee, c’est un média qui se veut indépendant, avec des reportages et des documentaires
en ligne accessibles sur abonnement.
A l’issue du processus innovant de LaPrimaire.org, Spicee a réalisé un reportage sur les
candidats citoyens pour la présidentielle de 2017.

« C’est une aventure humaine et politique hors du commun. Ils sont 16 candidats citoyens, anonymes en politique, à se présenter à l’élection présidentielle de 2017. Pendant près d’un an, ils ont mis entre parenthèse vie professionnelle et vie personnelle pour participer à une initiative unique au monde : La Primaire.org, la première primaire citoyenne en ligne. Objectif : élire un candidat issu de la société civile à la présidence de la République. Ils viennent de toute la France, ils sont éditeur, formateur, médecin…et partagent la même conviction : le changement ne peut se faire qu’en dehors des partis politiques. »
Paloma Moritz  & Matthieu Firmin, Journalistes à Spicee.

Pour visionner le reportage :

https://www.spicee.com/fr/program/tous-president-1082

 

 

Dans la France du début du 21ème siècle, en principe, nos enfants sont scolarisés, toute personne peut être soignée, on ne meurt plus de faim, nous n’avons pas de prisonniers politiques, et surtout, distractions et loisirs sont à portée de main. Mais alors, de quoi se plaint-on ? Ne pourrions-nous pas nous contenter d’un tel monde ?

Revenons quelques années en arrière. Une époque où j’avais fait mienne l’idée de J Attali selon laquelle « les nations allaient devenir des hôtels où l’on poserait provisoirement ses valises ». Un monde peuplé de « citoyens du monde », partageant la même envie de vivre ensemble, un monde où la liberté économique promettait d’apporter définitivement emploi et prospérité pour tous. A cette époque, nous étions tous « progressistes » et les « conservateurs » nous faisaient horreur.

Aujourd’hui, nous connaissons les conséquences de cette vision idéalisée : un chômage de masse dans certains pays, une pauvreté galopante dans d’autres et surtout une interrogation profonde sur les valeurs progressistes qui nous avaient été promises. Nous sommes de plus en plus nombreux à penser que le monde va mal. Nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre que ce sont les équilibres profonds de notre vie qui sont bouleversés, et que ce changement se produit sans nous. Et nous avons raison !

Nous vivons une époque où des puissances inhumaines de plus en plus gigantesques – techniques, économiques, religieuses… se dressent contre l’individu. Dans Un peu d’air frais, le roman que Georges Orwell écrit à la veille de la Seconde Guerre mondiale[1], le personnage principal Georges Bowling explique :  » Je ne suis pas un imbécile, mais je ne suis pas non plus un intellectuel. En temps normal, mon horizon ne dépasse pas celui du type moyen de mon âge, qui gagne sept livres par semaines et qui a deux gosses à élever. Et pourtant, j’ai assez de bon sens pour voir que l’ancienne vie à laquelle nous sommes accoutumés est en voie d’être détruite jusque dans ses racines. Je sens que ça vient. Je vois la guerre qui approche et l’après-guerre, les queues devant les magasins d’alimentation, la police secrète et les haut-parleurs qui vous disent ce qu’il faut penser. Et je ne suis pas le seul dans ce cas. Il y en a des millions comme moi. Les types ordinaires que je croise partout, les types que je rencontre dans les pubs, les conducteurs d’autobus, les représentants en quincailleries – tous se rendent compte que le monde va mal ».

Nous voyons bien que d’autres décident pour nous[2], qu’ils se sont déjà écartés de nous et évoluent dans un monde différent du notre. Les membres de cette nouvelle classe, se rêvent «citoyens du monde» mais n’acceptent «aucune des obligations que la citoyenneté dans une forme de cité sous-entend normalement». Ils se sont «retirés de la vie commune et ne veulent plus payer pour ce qu’ils ont cessé d’utiliser[3]».

Un certain nombre de Français ont le sentiment d’avoir sous les yeux le spectacle d’un monde qui leur échappe ; mais ce qui est grave, c’est la résignation avec laquelle ils l’acceptent. Et c’est là le vrai danger qui nous guette. Il n’est ni économique car nos ressources sont énormes, ni démocratique car chacun est libre de voter pour le candidat de son choix. En fait, nous sommes menacés par l’indifférence généralisée à tout ce qui concerne notre vie en commun et en conséquence, nous sommes menacés par une disparition de ce que Renan appelle « la fierté de prolonger des combats qui ont été menés avant moi et pour moi ». Qu’il s’agisse du Brexit, de l’élection de D. Trump, de l’état d’urgence dans lequel nous sommes plongés depuis 2 ans ou encore de la probable présence de Marine Le Pen au 2ème tour de notre élection présidentielle, nous nous habituons à ces situations et y sommes devenus indifférents.

Le « vivre-ensemble », le « pacte-républicain », nos hommes politiques les évoquent sans cesse depuis des décennies sans qu’on en voit une application concrète dans nos vies. C’est à cette histoire commune, et parallèlement à la vie « en commun » que nous devenons indifférents.

Comment reprocher alors à certains immigrés de ne pas s’intégrer quand ils se retrouvent dans un univers sans identité commune ? (à moins de considérer que les supermarchés, les jeux vidéos et l’indécence de certaines émissions télévisées forment notre « identité »). Comment expliquer alors, au-delà des différences culturelles, la réalité de la formidable intégration des générations précédentes lorsque la société ouvrière par exemple voulait encore dire quelque chose.

La culture du marché et celle du progrès ont allié leurs forces pour nous laisser une société fragmentée, dans laquelle les personnes se retrouvent isolées, sans enracinement et souvent indifférentes les unes aux autres. Selon Hanna Arendt[4], quand on arrive à une telle situation, les discours démagogiques deviennent des banalités et ouvrent la porte à toutes les aventures. Nous y sommes peut-être !

Si on veut changer l’ordre des choses, c’est une tâche immense qui nous attend. Nous devons recréer une vie en commun sans laquelle rien ne sera possible. Le combat contre l’indifférence généralisée n’est pas encore perdu. Nous sommes convaincus que beaucoup de Français n’acceptent pas cette situation. Pour mener ce combat nous devons abandonner les vieilles recettes Étatistes ou libérales et construire ensemble un nouveau modèle. Ce paradigme ne peut plus nous être imposé du haut vers le bas, il est trop tard, le mal est trop profond, la situation est trop complexe.

La seule voie envisageable est celle de reconstruire UNE GRANDE SOCIÉTÉ, une société qui repartira des territoires et qui s’appuiera sur l’engagement de tous.

Le cas des migrants de la jungle de Calais en est un parfait exemple. Traité par l’État, cette problématique a coûté des dizaines de millions d’euros, a désespéré les habitants et les commerçants de cette ville, a fait monter le FN et a laissé les migrants dans une situation misérable. Lorsqu’au bout de plus de 10 ans, la décision a été prise de proposer à des villages volontaires, donc à des gens ordinaires, de prendre en charge ce problème, le coût sécuritaire a été quasiment réduit à néant, les migrants ont trouvé un accueil décent et parfois même, un début d’intégration a permis à certains d’entrevoir un avenir en France.

Jusqu’à présent nos dirigeants nous ont laissé à l’écart et nous nous sommes laissés faire par manque de confiance en nos capacités. Nous avons eu tort parce que les problèmes politiques à régler nous concernent dans notre quotidien. Ensuite, nous avons mésestimé nos capacités de bon sens qui sont un atout politique majeur. Mais surtout notre erreur a été d’imaginer que nos représentants politiques avaient une meilleure connaissance des dossiers et plus d’aptitudes pour les traiter. Nous sommes donc dans cette situation parce que nous n’avons pas OSÉ prendre nos responsabilités.

C’est lorsque les personnes vivent réellement, quotidiennement, ensemble dans un même monde qu’une histoire commune prend corps et peut se transmettre. Ce postulat se vit encore dans nos territoires, en particulier dans les milieux ruraux. On comprend mieux alors le décalage énorme entre un certain renoncement à l’identité (qu’on retrouve plutôt dans nos villes), et la toute autre réalité que vivent des millions de gens qui ne sont à l’origine, ni plus fermés, ni plus « beaufs » que n’importe qui, mais qui finissent par le devenir en découvrant quotidiennement le sacrifice de l’identité qu’on leur demande, sous peine d’apparaître réactionnaires, voire fascistes…

Cette reconstruction d’une Grande société parie sur notre bon sens et sur notre capacité à nous engager dès lors que nous comprenons les enjeux. Elle parie sur la capacité des territoires à se réapproprier ce qui leur appartient : le vent, le soleil, la terre, la démocratie, la solidarité, la proximité… C’est une nouvelle forme de « conservatisme ouvert » qui parie sur un projet répondant à ce dont nous avons besoin : des relations sociales, une sécurité économique pour nous et nos enfants, un logement décent et pour les plus anciens une fin de vie digne. Et enfin et peut-être surtout, le sentiment d’appartenir à un monde commun à partager.

Renaud Vignes – mars 2017

 

[1] Un peu d’air frais , Georges Orwell, 1939, p. 210.

[2] https://citizenlab.fr/2017/01/27/un-monde-parfait

[3] The revolt of the elites, Christopher Lasch, 1994

[4] Les origines du totalitarisme, Hanna Arendt, Gallimard 2002

Merci à tous !
Merci d’avoir été si nombreux à venir nous écouter, à échanger avec nous, et à partager un moment convivial et ouvert.


Avec nous , ce LUNDI 13 MARS, des CITOYENS, des MILITANTS ASSOCIATIFS , des représentants des mouvements citoyens (GÉNÉRATION CITOYENS, NOUS CITOYENS, EN MARCHE,…) des élus de leurs communes, des amis, des sympathisants, des militants, et bien d’autres encore…

Nous étions une cinquantaine de personnes motivées, venues de toute la Région PACA 

Merci à Malika, Frédéric, Véronique, Thierry, Renaud, Jacques, Cécile pour leurs interventions éclairantes.
Merci à Marie-France, Eric, Dominique pour l’organisation.
Merci à tous les présents-tes pour leurs échanges avec nous et leurs interrogations pertinentes.
Merci à tous ceux qui nous ont fait part de leurs regrets de n’avoir pas pu être avec nous.


Le Projet Génération Demain : Le projet politique citoyen des citoyens est lancé !
Il faut maintenant que chacun s’en empare

#OnContinueLaRouteEnsemble

d’autres rencontres à venir…


#OSONS !!!


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On y attend vos « likes »

En rendant aux territoires ce qui leur appartient : le vent, le soleil, la terre, la solidarité, la proximité…,

nous voulons proposer

un projet de société au service des gens,

un projet de société où le MIEUX aura remplacé le PLUS

RENDEZ-VOUS :

Lundi 13 mars – 18 H 30 – La Baume-Lès-Aix
1770 chemin de la Blaque
13090 Aix-en-Provence

GPS : lat 43.503492, long 5.42314

Pour s’inscrire par mail : contact@citizenlab.fr
Pour s’inscrire sur facebook : cliquez ici


LES ORIENTATIONS DE NOTRE PROJET

 

* * *

LA GRANDE SOCIÉTÉ : Priorité 1

  • Pour créer une nouvelle dynamique démocratique, nous devons faire des territoires le premier niveau de notre vie publique et de l’engagement citoyen
  • Donner plus de capacités d’initiative aux collectivités et acteurs locaux
  • En finir avec les baronnies locales en limitant les mandats dans le temps
  • Installer une dynamique de l’engagement dans chaque territoire

 

  • Afin de redevenir nous-mêmes et nous placer au cœur de la construction d’une nouvelle Europe nous devons raviver notre idéal républicain
  • Clarifier nos priorités en matière d’immigration et choisir l’assimilation comme modèle d’intégration
  • Mettre en place une vraie gouvernance européenne contrôlée démocratiquement
  • Aller vers plus d’intégration dans une Europe à plusieurs vitesses

 

* * *

L’ÉCONOMIE DU NOUVEAU MONDE : Priorité 2

  • Relocaliser l’économie pour que la richesse créée dans les territoires profite d’abord aux habitants
  • Mettre en place un « regional business act »
  • Penser globalement la mise en place de nouveaux modèles de développement qui agiront de manière complémentaire sur la création de richesse et l’emploi
  • Développer un capitalisme de proximité et des monnaies locales

 

  • Engager la révolution verte pour créer des emplois, offrir une nourriture saine et préserver les écosystèmes
  • Protéger la vocation agricole des terres en permettant leur donation à des fondations régionales reconnues d’utilité publique
  • Faciliter la transmission des fermes (financement et conseil)
  • Favoriser le développement des nouveaux modèles d’exploitation pour enrichir les exploitants et attirer de nouveaux entrepreneurs paysans

 

  • Relocaliser la politique énergétique pour changer nos villes et changer nos vies
  • Repenser l’organisation des espaces pour optimiser les déplacements
  • Exploiter la convergence numérique/énergie pour lancer de grands programmes de rénovation énergétique
  • Produire mieux et local pour augmenter les recettes fiscales et permettre aux habitants de se réapproprier les bénéfices

 

  • Faire de la France une Nation compétitive
  • Ramener notre taux de dépenses publiques dans la moyenne européenne (50%)
  • Séparer strictement la finance de marché des banques commerciales
  • Avec nos partenaires européens, changer les règles du jeu du commerce mondial

 

* * *

UN CONTRAT SOCIAL DU XXIÈME SIÈCLE : Priorité 3

  • Remettre notre école au cœur de notre contrat social et en faire le premier levier de l’égalité des chances
  • Décentraliser le pilotage des établissements, pour remettre l’école au cœur du territoire et renforcer l’engagement des citoyens au service de leurs enfants
  • Créer dans les territoires un conseil d’évaluation des établissements scolaires, conseil regroupant toutes les composantes de la communauté éducative
  • Traiter la difficulté scolaire de manière personnalisée, au sein des établissements en utilisant des approches nouvelles portées par la société civile

 

  • Donner des chances égales à chacun de développer ses capacités et rendre aux personnes leur autonomie sociale et économique
  • Créer un système de protection simplifié et universel en remplacement de la mosaïque de régimes qui rend notre système coûteux et illisible
  • Ouvrir les conseils d’administration à la société civile aux côtés des partenaires sociaux
  • Ouvrir la perspective d’un Compte Personnel Universel pour que chacun puisse gérer sa sécurité sociale de manière autonome et responsable. Faire de ce CPU le levier d’une nouvelle approche en matière de justice sociale

 

* * *

LA PROTECTION DES FRANÇAIS : Priorité 4

  • Permettre aux habitants de nos territoires de vivre de manière paisible
  • Relocaliser la gouvernance des politiques de sécurité publique
  • Transformer les polices municipales en polices intercommunales et les doter des habilitations nécessaires pour élargir leur champ d’intervention
  • Étendre la procédure de contravention à l’ensemble des infractions qui troublent l’ordre public
  • Investir massivement, via des contrats à impact social, dans des programmes visant à diminuer le taux de récidive des primo-délinquants

 

  • Donner à notre justice des moyens conformes au rôle que nous lui attribuons dans notre société
  • Achever la refonte de la carte judiciaire
  • Transformer nos procédures de production des lois et simplifier les normes applicables
  • Augmenter les effectifs pour les ramener dans la moyenne européenne
  • Modifier le mode d’élection des magistrats au CSM et sur cette base, renforcer son rôle en matière de nomination des magistrats du Parquet