Par Frédéric WEBER,
Il nous livre sa vision de l’édile du XXIe
siècle.

Penser trop souvent que le développement ne doit s’opérer que dans les grandes villes et métropoles est une profonde erreur. En effet, le potentiel créatif des bassins de vie de notre 6ème circonscription du Var est une réalité. Les ressources de notre territoire, et son attrait notamment pour le tourisme et le développement d’une économie de proximité, sont pourtant largement sous exploitées.

Je suis convaincu que des porteurs de projets innovants feraient le choix de s’installer ici. La plupart entament une vie de famille et cherchent un lieu où concilier opportunités professionnelles inspirantes et qualité de vie. Pour réussir, il est nécessaire de développer l’agilité de l’écosystème local et créer une dynamique économique, en zone rurale. Notre territoire doit aussi être moins inégalitaire, et réduire un taux de chômage qui varie dangereusement entre le nord et le sud avec des écarts très marqués entre les plus aisés et les plus pauvres.

FAIRE DU TERRITOIRE COLLABORATIF UN DES AXES FORTS DE MA POLITIQUE. QU’EST-CE QUE CELA SIGNIFIE ?

Le monde est en mutation et les zones rurales en sont les oubliées. Pour ne pas subir les décisions prises sans nous, nous devons nous engager pour construire ensemble de nouveaux espaces où s’inventent les transitions numérique, écologique, économique et démocratique. Je crois que le temps des maires uniquement bâtisseurs est derrière nous. Ainsi, le rôle d’un député est aujourd’hui de réunir les acteurs autour d’une table pour choisir ensemble ces mutations plutôt que de les subir, et décider de quelle ruralité nous voulons tous demain. L’économie sociale et solidaire doit peser plus pour créer des emplois ici. Côté numérique, le haut débit ne vient même pas jusqu’à nous. Nous devons devenir une des premières zones rurales labellisées « French Tech » pour générer des emplois. Je suis convaincu par la nécessité de rassembler chercheurs, start-up, associations, tiers-lieux, acteurs des solidarités et de l’éducation autour d’une question : comment mettre la transition numérique au service d’une société plus horizontale et plus respectueuse de notre environnement ? Cela passe par une lutte contre les fractures numériques et un travail sur l’éducation et la médiation. Au sein de notre territoire, beaucoup de talents doivent se rencontrer. Notre responsabilité, c’est de favoriser les croisements car c’est ainsi que des solutions concrètes émergent. Nous appelons cela des « frictions créatives ».

Je crois que le temps des maires uniquement bâtisseurs est derrière nous !

S’APPUYER SUR DES EXEMPLES CONCRETS DE CONSTRUCTION AVEC DES ACTEURS DIFFÉRENTS

Il y a quelques années, à San Francisco, les habitants pouvaient faire remonter leurs suggestions à la mairie via une application. J’ai envie du même processus de gouvernance horizontale pour notre territoire, mais sans tomber dans le copié-collé. Pour réaliser ce projet, nous allons faire travailler, en collaboration avec un grand groupe, des start-up locales et un panel d’usagers. L’application serait testée avant la fin de son développement pour que les citoyens l’évaluent et proposent des améliorations. Pour quel résultat ? Une application ultra-personnalisée qui vous indiquera, par exemple, quels sont les documents nécessaires pour une démarche en mairie, quel est l’horaire du prochain bus, quel est le menu de la cantine de mon enfant ce midi… Il est nécessaire de créer de nouveaux réseaux d’échanges imaginés avec les citoyens et les acteurs économiques.

FAIRE PARTICIPER LES CITOYENS C’EST BIEN MAIS PAS TOUJOURS ÉVIDENT. À QUELS DÉFIS FAIRE FACE ?

Cessons de penser que les Français ne s’intéressent plus à la politique : c’est l’offre des appareils politiques qui est dépassée. Je crois au suffrage universel mais aujourd’hui on ne peut plus gouverner un territoire sans ses habitants. Un exemple : je souhaite lancer une grande consultation citoyenne sur l’aménagement de chaque bassin de vie de la circonscription. De cette manière, nous nous assurerons que le projet soit bien ancré dans les usages des habitants. Par ailleurs, chacun pourra participer au débat avec son prisme : étudiant, mère de famille, retraité… Dans les conseils citoyens que je souhaite mettre en place, le processus de délibération collective entre gens d’un même hameau, quartier ou village qui ne se connaissent pas, permettra de générer du commun.

L’enjeu de la démocratie locale est donc double : raviver l’intérêt général et faire en sorte d’améliorer les politiques publiques.

Pour autant, cela ne s’improvise pas, une méthode est nécessaire pour que toutes les tranches d’âges soient représentées. Des créneaux horaires seront définis pour permettre aux participants de se libérer. Pour ceux qui ne pourront se déplacer, nous refonderons notamment l’offre de participation publique via une plateforme numérique citoyenne. En effet, les demandes se font actuellement et généralement par courrier ou téléphone, elle pourront se faire aussi par les réseaux sociaux Facebook, Twitter, ou via l’application. C’est donc bien toute l’organisation du service public – son « back office » – qui doit être repensée.

Il faut cesser de penser que les Français ne s’intéressent plus à la politique ; c’est l’offre des appareils politiques qui est dépassée.

ARTICULER TRANSPORTS PUBLIC ET INDIVIDUEL EN ZONE RURALE ? COMMENT FAIRE ?

Notre stratégie, c’est d’abord de favoriser les modes de déplacements doux et les transports en commun adaptés. Il est urgent de repenser la « multimodalité », c’est-à-dire la connexion entre transports public et individuel pour les zones périurbaines et rurales. On doit donc beaucoup investir dans des parkings relais à destination des voitures avec le développement des transports en commun vers les gares. Un plan vélo doit être également adopté pour favoriser la circulation en deux-roues.

La réponse réside aussi dans la facilité de mobiliser un transport personnalisé grâce au numérique et un numéro vert pour permettre l’accès aux services de proximité : centres commerciaux, gares, acteurs médicaux et paramédicaux, banques …

Je souhaiterais aussi créer des espaces de « co-working »[1] pour mettre en synergie des indépendants, entreprises, T.P.E et P.M.E. Afin de limiter l’utilisation de la voiture pour se rendre sur son lieu de travail, souvent dans les grandes villes, il suffirait de développer le télétravail un à deux jours par semaine dans ces espaces dédiés.

Nous ne devons pas seulement raisonner en termes d’infrastructure mais aussi d’usage. Il faut optimiser nos espaces publics et privés en mutualisant les ressources. Mais cela exige de mettre les gens autour de la table pour définir les règles du jeu. Autre exemple de politique des usages : en plus d’ajouter des lignes de bus, nous pourrons travailler à une meilleure répartition des déplacements, en échelonnant les heures de départ au bureau, et donc en favorisant le télétravail.

COMMENT GÉRER LA PLACE GRANDISSANTE QU’OCCUPE L’ÉCONOMIE COLLABORATIVE DANS LA VIE DE LA CITÉ, SANS LE FAIRE AU DÉTRIMENT D’ACTEURS EXISTANTS ?

On mélange beaucoup de choses dans ce terme : du lucratif, mais aussi le troc, les jardins partagés ou encore les espaces de co-working et les tiers-lieux. Nous devons ainsi développer de nouveaux réseaux d’échanges pour fédérer un grand nombre de ces acteurs, et je considère que c’est d’abord une opportunité pour notre territoire. Néanmoins, quand cela prend des proportions telles qu’il n’y a plus d’égalité devant l’impôt, ou des risques de désertification, l’État et les collectivités locales doivent prendre leurs responsabilités. C’est une question nationale mais qui peut aussi avoir des réponses locales. Prenez le débat, entre Airbnb et les hôtels, qui concerne notre territoire. Plutôt que de prendre parti, il faudrait inciter les hôteliers à se regrouper pour créer une plateforme de réservation locale. Je reste modeste car ce n’est qu’une piste, et qu’ils ne sont pas en situation de concurrencer les grands groupes. Mais demain, ce type d’initiative pourrait constituer une véritable réponse. N’imaginons pas que ce n’est pas possible, il suffit de voir ce que la nouvelle Maire de Barcelone a réussi à faire pour comprendre que de nos jours, tout est possible !

CERTAINES DES SOLUTIONS ÉVOQUÉES S’APPUIENT SUR LE NUMÉRIQUE. COMMENT FAIRE EN SORTE QU’ELLES PROFITENT À TOUS LES HABITANTS ?

C’est vraiment une question déterminante. Soit on considère que les transitions écologique et numérique doivent contribuer aussi à lutter contre les inégalités, soit on se dit que ce sujet est secondaire. Pour moi, il est primordial, et on doit en faire un objectif politique et stratégique pour éviter de créer une fracture supplémentaire. Nous devons donc énormément investir dans l’éducation au numérique. Je souhaiterais accompagner un projet d’une grande école du numérique, pour savoir comment aller chercher des gens qui n’ont pas un parcours bac + 5. Les us et coutumes font que ce genre de projet s’adresse aux grandes villes et pourquoi pas en zone rurale pour dynamiser la vie locale.

Je souhaiterais aussi lancer l’idée un coffre-fort numérique qui permettrait aux personnes en grande précarité de sécuriser leurs papiers et documents personnels. C’est un des premiers soucis évoqués par les sans-abri et les jeunes. Des solutions imaginées sans concertation, par les férus du numérique ou la collectivité bien pensante, ne fonctionneront pas. L’événementiel est aussi un formidable outil pour populariser le numérique. Pour parler patrimoine, culture, handicap, éducation. On inciterait aussi les start-up locales à venir présenter directement leurs projets dans des endroits passants. Il faut montrer qu’il s’agit d’un milieu ouvert.

Des solutions, imaginées dans leur coin par les férus du numérique ou la collectivité bien pensante, ne marcheront pas.

POSITIONNER NOTRE CIRCONSCRIPTION, ET PLUS LARGEMENT NOTRE DÉPARTEMENT EN LEADER D’UNE AGRICULTURE DU XXIème SIÈCLE

Nos concitoyens veulent continuer à vivre dans un environnement qu’ils apprécient, mais ils sont aussi conscients que les multiples crises actuelles montrent que nous sommes à la fin d’un cycle et que nous devons réinventer de nouveaux modèles agricoles capables de préserver nos paysages.

Mon projet est de faire de ma circonscription un espace à la pointe d’une agriculture moderne et innovante. En particulier, je souhaite créer et développer le concept d’espaces-test agricoles pour permettre à des entrepreneurs paysans de tester leur projet d’exploitation agricole dans un cadre juridique et matériel sécurisé. A l’image des incubateurs d’entreprise, je souhaite que ces entrepreneurs en herbe trouvent dans notre territoire les services d’accompagnement, de formation et de financement dont ils ont besoin.

Dans la même perspective, je propose de créer des démonstrateurs des nouveaux modèles agricoles qui commencent à se développer partout dans le monde.

L’ensemble de cette politique permettrait à notre territoire de se positionner pour devenir un lieu de formation et de recherche capable d’attirer les chercheurs, techniciens, enseignants et étudiants du monde entier qui travaillent à l’heure actuelle sur les sciences du vivant, le « low tech » en matière agricole et les nouveaux modèles (permaculture par exemple).

DES LOGEMENTS, OUI MAIS POUR QUI ? SOUS QUELLES FORMES ?

Des logements sociaux tout d’abord, il en faut. Ils seront gérer à l’échelle du territoire pour répondre en priorité aux besoins des habitants. Beaucoup de jeunes vivent par exemple chez leurs parents faute de ressources suffisantes. L’accession à l’emploi et donc au logement sont indissociables. De plus, il ne s’agit pas d’aller à la facilité en créant des logements sociaux concentrés dans un même lieu ou bâtiment pour des raisons avant tout, de facilité de gestion. On parle de contrat de mixité sociale et on crée des guettos. Il faut aussi repenser l’offre en créant des résidences alternatives, intergénérationnelles, favorisant les interrelations et le vivre-ensemble. De plus, le tourisme et notre activité agricole nécessitent l’embauche d’un nombre important de saisonniers. Le besoin de logements est important. Il convient d’y répondre. Nous devons penser collectivement les réponses en matière de logement. Les idées ne manquent pas ! Il faut les concrétiser avant que notre territoire se transforme en une cité gigantesque cité dortoir à la périphérie des grandes villes.

UN DÉPUTÉ PEUT-IL ÊTRE UN DES  NOUVEAUX MAÎTRES DU MONDE ? JE NE LE PENSE PAS

Je suis persuadé que le territoire est l’échelle pertinente pour inventer le monde de demain. 80 % des habitants à l’échelle du globe vivent désormais dans les villes. Aujourd’hui, nos gouvernants ont acté les évolutions de notre territoire par une urbanisation massive pour désengorger les villes, et en imposant des choix contestables avec notamment la construction de la L.G.V. Il faut donc maintenant se mettre en mouvement pour contester ces projets et pour proposer collectivement des évolutions adaptées à nos besoins au travers de l’instauration d’une démocratie participative. La particularité d’un député d’une grande circonscription comme la 6ème du département du Var est dès lors de concilier deux choses : une vision stratégique – de quel territoire ai-je envie dans 10-15 ans ? –, et un ancrage dans le quotidien et la réalité des habitants. Le pragmatisme et l’utopie prospective doivent se nourrir mutuellement.

Néanmoins, je ne crois pas à un développement endogène des territoires, qui ne se préoccuperaient que de leur propre intérêt. Je revendique l’alliance des territoires pour que les métropoles pensent leur développement au bénéfice des territoires périurbains et ruraux qui les environnent. Malheureusement on oppose en permanence les deux, comme s’il n’y avait qu’une urbanité. Mais lorsqu’on parle transition écologique ou alimentation locale, on voit que ces sujets-là nous amènent de fait à penser les interactions entre ville et campagne.

Frédéric WEBER
Candidat aux élections législatives 2017
6ème circonscription du Var

 

[1] Espace de travail partagé

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