« Nous sommes des corps sans vie dans un système qui engendre la concurrence, la haine et empêche le travail en équipe et l’apprentissage authentique. Nous sommes sans passion sincère. Nous sommes malades[1]« . Voici ce qu’écrit une lycéenne Californienne après qu’une vague de suicides ait emporté plusieurs de ses camarades. Sous le soleil de la Californie opulente, où se construit la société de demain, des adolescents renoncent à vivre. Là-bas, on installe des caméras de surveillance pour prévenir les suicides et on brandit des valeurs creuses comme autant de remparts, censés retenir les âmes avides de sens.

Les idées ne meurent jamais. Le sens de la vie continue à être l’obsession des cœurs de 20 ans. Mais la politique est devenue incapable d’y répondre. Qu’attendons-nous de la politique ? Y croyons-nous encore ? Est-il encore possible de transformer l’ordre des choses et de rompre l’isolement dans lequel nous sommes toujours plus enfermés ?

En ce début de troisième millénaire, nous pensions assurer le triomphe de la démocratie et de l’économie de marché. Cette alliance formant ce qu’il est commun d’appeler la démocratie libérale. De fait, il nous semble plus réaliste de dire que le véritable (et seul) vainqueur est le marché, ou plutôt une nouvelle forme de marché. Par l’extraordinaire prépondérance qu’il a prise dans nos vies, et par son alliance avec le culte du progrès, le marché semble devenu notre ultime projet de société.

Au siècle dernier, Georges Orwell, Simone Weil ou encore Hanna Arendt nous alertaient déjà et voyaient dans la « Common Decency » et « l’Enracinement » les principes qui pourraient s’opposer à l’avènement d’un tel projet total. La « Radical Othodoxy » et plus récemment Phillip Blond ont eux aussi construit une pensée alternative pour protéger les gens ordinaires des ravages de la main invisible chère à Adam Smith. C’est dans le prolongement de ce courant de pensée que nous voyons dans la « GRANDE SOCIÉTÉ » une réponse à l’incapacité de la politique à transformer l’ordre des choses et à redonner aux gens l’envie d’une vie commune et décente.

« Nous sommes sans passion sincère. Nous sommes malades » crie l’adolescente de la Silicon Valley. C’est à elle et à tous ceux qui ne croient plus, sinon qu’on peut « changer le monde », au moins « empêcher qu’il ne se défasse » que s’adresse la « GRANDE SOCIÉTÉ ». Face aux immense défis qui nous attendent, entre l’État centralisé et le marché, existe une autre voie, celle du retour d’un acteur que ces deux idéologies ont tout fait pour écarter : la société elle-même. Cette voie est étroite, mais nous n’en voyons pas d’autres.

Nos responsables estiment que la société est figée et qu’il faut la forcer à bouger. NOUS SOMMES CONVAINCUS DE L’EXACT INVERSE. C’est la société qui est créative et vivante et c’est la politique qui est devenue stérile. C’est cette créativité, ce dynamisme, ces relations naturelles d’entre aide et de soutien entre les gens que nous appelons la « GRANDE SOCIÉTÉ ». Elle est la base des réponses à ce dont nous avons besoin : des relations sociales, une sécurité économique pour nous et nos enfants, un logement décent et pour les plus anciens une fin de vie digne. Et enfin, et peut-être surtout, l’expérience d’appartenir de nouveau à un monde commun.

Loin de l’individualisme, du désengagement, de l’indifférence qui nous guettent, ce projet consiste à transformer radicalement le fonctionnement de la sphère publique en prenant appui sur le potentiel que constitue la société civile et, en conséquence de réduire la dépendance des individus à l’État- providence et aux forces du marché.

La « GRANDE SOCIÉTÉ » c’est d’abord la vision d’une société construite autour de trois valeurs majeures :

  • LA JUSTICE. Les statuts et rentes qui caractérisent notre pays doivent laisser place à la mobilité sociale et à l’égalité des chances. Le tout permettra de bâtir un ordre social et économique juste et universel.

  • LA RESPONSABILITE. Nous devons proposer un mode nouveau d’exercice de la responsabilité individuelle. Construire une société responsable, c’est faire le pari de notre capacité à reprendre notre vie en main et à nous engager de nouveau dans la vie publique.

  • LA CONFIANCE. Nous avons changé de monde, profitons-en pour redevenir nous-mêmes : un Peuple libre, fier de son histoire et de sa culture et porteur d’un message universel. C’est à partir de cette confiance retrouvée que nous pourrons alors reconstruire une société inclusive autour de notre projet commun.

La « GRANDE SOCIÉTÉ » c’est ensuite une vision d’ensemble qui préside à la mise en œuvre des réformes. Trois principes sont au cœur de cette vision :

  • LE PRINCIPE DE DÉCENTRALISATION ET DE SUBSIDIARITÉ. Le pouvoir doit s’exercer à l’échelon approprié le plus proche des gens ou de l’usager. Le niveau central doit être limité dans son ambition et modeste dans l’exercice de son autorité.

  • LE PRINCIPE D’OUVERTURE ET DE PARTENARIAT. L’accès aux marchés publics et la fourniture de certains services publics doivent être facilités pour les acteurs du tiers secteur. De nouvelles modalités de financement d’actions d’intérêt public doivent permettre d’augmenter largement les ressources mises à disposition de ces actions.

  • LE PRINCIPE D’ENGAGEMENT. La construction de la décision publique et du service rendu, mais aussi leur évaluation doivent impliquer bien davantage le citoyen et l’usager d’un service public. La vie politique même doit s’ouvrir à la société civile pour qu’elle retrouve enfin une représentativité suffisante.

La « GRANDE SOCIÉTÉ », ce sont enfin cinq priorités d’actions pour opérer les grandes transformations qui permettront de rebâtir une société inclusive et dynamique.

  • Nous voulons transformer radicalement le fonctionnement de la sphère publique en pariant sur l’engagement des citoyens pour bâtir UNE NOUVELLE DÉMOCRATIE. Pour réussir dans le monde de demain, c’est toute la société qu’il faut apprendre à solliciter dans le cadre d’une nouvelle démarche participative au sein de laquelle chacun pourra contribuer à sa mesure. Nous voulons que chaque Français puisse se sentir partie prenante de notre démocratie et qu’il y joue un rôle central et ce, à tous les niveaux de notre organisation politique et sociale.

  • Dans les territoires, nous avons sous nos yeux la preuve quotidienne que des modèles efficaces, intensifs en emplois durables existent, et peuvent recréer enthousiasme et confiance. Notre ambition est de transposer toutes ces réalisations à grande échelle pour développer localement L’ÉCONOMIE DU NOUVEAU MONDE. C’est en promouvant un capitalisme de proximité, en régionalisant notre politique de l’énergie, en engageant de manière massive la révolution verte que nous créerons une économie intensive en emplois durables, économes en ressources naturelles et créatrice de pouvoir d’achat pour tous ses acteurs.

  • Les mutations de notre société nous imposent de transformer de manière radicale notre modèle social pour l’adapter au monde nouveau. Dans cette perspective, nous prônons UNE PROTECTION SOCIALE UNIVERSELLE ET ACTIVE qui favorise l’autonomie et l’épanouissement de l’individu. Nous proposons de passer d’un système qui privilégie les transferts sociaux pour compenser une perte de revenus, à un système qui vise à rendre aux personnes leur autonomie sociale et économique en donnant à chacune une chance égale de développer ses capacités.

  • L’éducation est l’enjeu premier de notre présent et de notre avenir. Parler de parcours éducatifs, ce n’est pas uniquement changer les modalités d’action, c’est changer structurellement et en profondeur le fonctionnement de notre système éducatif dans sa globalité en y associant tous les acteurs. Notre projet vise à proposer de profonds changements pour construire les PARCOURS ÉDUCATIFS qui, adaptés à chacun de nos enfants, leur permettront d’exploiter leurs talents et d’entrer dans la vie avec confiance.

  • Parce que nous avons changé de Monde, nous devons avoir comme ambition de raviver notre idéal républicain afin de redevenir nous-mêmes. Dans le même temps, nous devons répondre aux questions qui vont déterminer notre existence et celle d’une « certaine idée de la France » dans les 30 prochaines années. Et c’est au cœur de l’Europe que se trouvent les réponses. Fiers de ce que nous sommes, exigeants en matière de sécurité et de justice, notre projet vise à redonner des repères à tous ceux qui en ont besoin pour reconstruire un ESPRIT NATIONAL et EUROPÉEN.

Par CitizenLab – 14 avril 2017

[1] Une vague de suicides dans deux lycées de la Silicon Valley lance un débat sur le culte de l’excellence, Slate.fr 27 avril 2015

3 commentaires

Thierry

Merci pour ce bel article
Les jeunes d’aujourd’hui sont plus lucides sur le monde tel qu’il est et il ne leur plaît pas.
Ils peuvent s’en désespérer ou prendre leur destin en main en s’engageant.
Ce n’est pas parce qu’on ne leur a pas laissé un monde imparfait qu’il faut qu’ils fassent comme nous
Bonne chance

Cyril Delattre

Je partage. Je rajouterais volontiers notamment que nous avons aussi besoin d’un air sain, d’une nourriture saine, de médicaments “juste ce dont nous avons besoin et à un coût abordable pour tous“. Je rajouterais également volontiers une politique attractive et valorisante de tous les créateurs que sont les chercheurs, les artistes et les entrepreneurs. Et comme la “mère des réformes“ est celle de l’école (tout au long de la vie) je me suis engagé dans notre projet L’ÉCOLE INSPIRE qui avance bien…

    Cécile

    Oui Cyril, l’Ecole est le socle, après la famille, qui doit fonder nos valeurs, nous renforcer dans nos aptitudes et nous aider à devenir des citoyens, soucieux de notre Bien commun, de ce que notre planète nous apporte et de l’Autre dans sa diversité. L' »Ecole Inspire » est un beau projet, qui répond à sa mesure à ce défit. Bravo pour ton engagement.
    Une info pour nos lecteurs : nous allons maintenant publier des articles sur la thématique Ecole…donc si d’aucun souhaite y contribuer, il est le bienvenu…si cela s’inscrit à minima dans la vision de l’Ecole portée par CitizenLab. A vos « crayons » !

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