Par Roxane Revon, 27 décembre 2016

L’avenir de la politique française ne peut être, comme aux Etats-Unis, un rétropédalage. Tout redevient, aujourd’hui, politique. Et ce peut être une chance. Notre mode de vie, notre vie même, dépendent de la façon dont les combats de ces prochaines années seront menés. La relance d’une course aux armements, la montée des populismes, des fanatismes, un président américain qui, en un tweet, change le cours d’une négociation ou défait des relations pacifiques… Les évolutions politiques et idéologiques qui apparaissent nécessitent une force opposée, une force contraire, qui rééquilibre la tendance. Et il sera trop tard, dans quelques années, pour se dire que nous aurions dû avoir une vision plus nette, plus ferme, de notre position. Nous devons, aujourd’hui plus que jamais, nous poser la question des rapports de force mondiaux, de l’actualisation de nos libertés et de notre modèle social dans le monde tel qu’il se fait. Il nous faut donc défendre en 2017, avec la même conviction, des solutions mondiales, continentales, nationales et locales ; aucune ne pourra exister sans l’autre. Or, de nombreux débats présidentiels semblent coupés de ce souci d’équilibre général.

Notre idée de l’avenir n’est pas celle d’un retour à un autre temps, ni même aux idées d’un autre temps. C’est celle d’un nouvel espace de pensée et d’agir que ma génération appelle de ses vœux, basé sur les mouvements, les inventions, les mœurs d’aujourd’hui.

Quelle autonomie aujourd’hui ?

Proposer une voie qui rééquilibrera les rapports de force actuels, c’est se poser la question de futures lois que nous voulons nous donner à nous même (auto-nomos). Cette loi morale individuelle que Kant a développée, nous pourrions la considérer à l’échelle d’un pays ou d’une union. Elle est avant tout une discipline. Celle de ne pas se résigner à vivre selon la volonté d’un autre (individu, Etat ou continent). Celle de rester fidèle à soi-même et à ses lois fondamentales (les droits de l’homme).

Ainsi, notre projet tente de redonner un sens et un avenir à nos valeurs, en articulant l’autonomie individuelle (liée à l’éducation et la responsabilité démocratique), l’autonomie territoriale et écologique (liée à la transition qui s’annonce), et l’autonomie continentale (comme réponse aux idéologies d’autres pays).

L’autonomie d’un continent constitué de nations : l’Europe

Nous soutenons que l’Europe est le lieu de l’innovation politique de demain, et ce, pour deux raisons. La première : que l’Europe doit aujourd’hui se réinventer ; la seconde : qu’elle comporte une diversité assez solide de langues, de mœurs, pour ne pas tomber dans le travers d’un fédéralisme stérilisant qui nivellerait les différences.

1) L’Europe, à bout de souffle, doit se réinventer

Il nous faut retrouver le sens de notre union et des valeurs que nous voulons porter. La crise des migrants et les crises économiques montrent un égarement de nos politiques. Or, l’Europe doit, demain, défendre une voix politique singulière : un modèle social et économique solide qui ne se fonde pas sur le néolibéralisme américain. Accélèrerons la mise en place d’une politique européenne commune sur les sujets économique, diplomatique et militaire afin de protéger les citoyens et développer notre voix propre. Nous proposons ainsi la création d’une Europe politique basée sur une constitution nouvelle nous permettant d’élire un Premier Ministre européen, un parlement et un Sénat européens. Nous pourrons ainsi disposer d’une diplomatie commune, du développement d’une armée européenne, d’une politique commune de développement durable, d’une politique migratoire unifiée, d’une cellule anti-terroriste commune, de l’unification des transports internationaux européens, d’une fiscalité et d’un droit du travail permettant d’éviter un dumping au sein même de l’union et nous relancerons de grands investissements en matière d’infrastructures de transport.

Nous utiliserons notre puissance commerciale pour faire du CETA, un accord commercial de nouvelle génération. Autrement dit un traité au sein duquel le libre-échange est un levier (et non une fin) au service d’objectifs supérieurs et écologiques notamment. Ces traités, portés par une Europe puissante et dotée d’un fort leadership, porteraient haut des standards sociaux, environnementaux, de santé, de mobilité des jeunes, etc.

Cf : https://articles.laprimaire.org/leurope-un-choix-de-societe-663c1920ea7d#.uzdyvyumr

2) Une citoyenneté nouvelle

C’est vers l’Europe de l’Esprit telle que la pensait Paul Valéry il y a cinquante ans, cette Europe des traductions, des échanges féconds entre les pensées et les langues, que nous voulons penser. Non pas par nostalgie, mais par réalisme. Si, demain, les enfants, citoyens d’Europe, pouvaient avoir accès à tant de langues, de richesse d’idées, leur compréhension du monde, leur adaptabilité n’en seraient que plus certaines. Par ailleurs, façonner le citoyen de demain c’est également lui permettre de se prononcer sur des responsables politiques au-delà du cadre national. Ainsi, nous proposons que le parlement européen soit élu de manière transnationale ; contrairement au sénat qui, lui, défendrait les intérêts des nations.

Cf : https://articles.laprimaire.org/pourquoi-le-vote-transnational-est-il-lavenir-des-citoyens-auxxie-siècle-5017655d2e01#.bah7c8cij

Les autonomies territoriales

Espaces d’innovation, d’expérimentation, de transition et de nouveaux modes de production et de consommation ; les territoires deviennent le socle de notre futur.

La mondialisation a longtemps été la promesse de plus de prospérité, de plus d’emplois. En la matière, il faut se rendre à l’évidence : cette promesse n’a pas été tenue. Dans le même temps, c’est au niveau des territoires que nous voyons émerger une économie qui développe des modèles compétitifs basés sur un changement complet de paradigme dont les fondements sont : les transitions énergétique et numérique, l’innovation, de nouveaux modes de production, de consommation et de financement. Une nouvelle économie où le MIEUX remplace le PLUS.

Les territoires seront le lieu des nouvelles solidarités et le moteur notre développement économique et social Pour ce faire, nous devrons changer les règles du jeu (juridique, fiscal, règlementaire, normatif, etc.) qui empêchent les collectivités d’exploiter tout leur potentiel en matière de transition énergétique, de développement de nouveaux modèles économiques, agricoles, financiers, de maîtrise du foncier, de mise en place de “régional business act” ou encore de déploiement massif du nouveau secteur de l’économie sociale et solidaire.

Dans le même temps, et dans un partenariat clair avec les politiques européennes en la matière, nous proposons que la France soit à la pointe de la construction des nouvelles régulations de l’économie mondialisée. Enfin, nous voulons favoriser l’émergence d’un droit du travail “de proximité” et une plus grande mobilité sociale. Nous voulons faciliter l’accès à l’emploi pour les jeunes non qualifiés en réorientant massivement les fonds de la formation professionnelle.

Cf : https://articles.laprimaire.org/leconomie-de-demain-ou-comment-concilier-économie-locale-et-mondiale-5328b141915a#.28wadiatj

L’autonomie individuelle : un nouveau rapport entre Etat et société civile

Nous constatons l’échec des philosophies étatistes et neolibérales. Toutes deux nous laissent une société affaiblie, qui a perdu confiance en elle-même.

Entre l’État conservateur et centralisé et le marché, nous voulons promouvoir un nouvel acteur plus vivant que l’État et plus humain que le marché : la société elle-même et l’individu responsable de l’autonomie qui lui est laissé. Nous proposons de transformer radicalement le fonctionnement de la sphère publique en prenant appui sur le potentiel que constituent les communautés civiles, tout en promouvant la responsabilité et l’autonomie individuelle.

Cette proposition implique un mouvement bien plus complexe que le simple retrait de l’État. Bien au contraire, elle doit s’accompagner d’un État redéfini et efficace. C’est parce que leurs représentants ne leur ressemblent plus que les français ne les comprennent plus. Le grand objectif que doit poursuivre notre projet de réforme de nos Institutions c’est de mieux articuler notre démocratie représentative avec les nouvelles aspirations à une plus grande démocratie participative.

Chacun d’entre nous doit pouvoir être acteur de notre vie politique et institutionnelle. Au travers d’institutions modernisées et adaptées aux réalités de notre temps, les français doivent retrouver le sentiment d’appartenir à une même communauté de destin et, s’ils le souhaitent et s’en sentent capables, pouvoir participer à tous les processus électoraux. De la même manière, les acteurs de notre démocratie sociale doivent retrouver leur pleine légitimité et représentativité.

Nous souhaitons chercher les sources de l’efficacité publique dans les ressorts de la société elle-même, plutôt que dans le renforcement de l’Etat ou l’accroissement des dépenses publiques. Recentré sur un nombre limité de missions, l’Etat jouera un rôle déterminant dans ce processus de transformation.

Nous voulons un Etat recentré sur ses missions régaliennes et qui soit un véritable levier des transformations que la France doit mettre en œuvre. Une administration proche, efficace et économe, organisée en 4 échelons : l’Etat, la Région, les Métropoles, les Communes. Une fonction publique modernisée dotée de statuts rénovés sera aussi motrice du changement. La maîtrise de nos finances publiques au service de la réforme permettra à la France de retrouver une légitimité au niveau européen.

Cf:https://medium.com/@roxane.revon/le-rôle-de-letat-au-xxie-siècle-un-etat-stratège-92c92a11ebf4#.iturfdwid

Cette transformation doit s’appuyer sur l’éducation de l’individu et la culture. En effet, autonomie ne signifie pas faire ce que bon nous semble, mais avoir la discipline de choisir ce qui est moralement valable (qui produit des effets positifs si tous faisaient la même chose). C’est donc d’abord par l’éducation que passera cette évolution de l’Etat et la société civile.

Nous devons proposer de profonds changements éducatifs pour remettre l’école au cœur de notre contrat social et être le premier levier de l’égalité des chances. Changer l’école, ce n’est pas uniquement changer les modalités d’action, c’est changer structurellement et en profondeur le fonctionnement de l’école dans sa globalité en y associant tous les acteurs.

Nous proposons de construire la pédagogie autour d’une nouvelle conception de l’autorité adaptée aux réalités de notre siècle. Nous devons permettre aux professeurs et aux directeurs d’apparaître responsables et légitimes aux yeux des élèves et de leur famille dans le cadre d’un nouveau système de gouvernance, d’une redéfinition du métier d’enseignant et de ses conséquences en matière de formation et de valorisation et de l’intégration des parents dans la vie des établissements.

Nous devrons repenser l’architecture de nos écoles pour qu’elles deviennent de véritables espaces d’apprentissage, de socialisation, de découverte pour nos enfants. Dans certains cas, elles seront reconstruites pour les éloigner des territoires difficiles.

En matière d’éducation, l’État sera recentré sur quatre missions essentielles : la définition des objectifs et des programmes, l’évaluation des dispositifs et la diffusion des meilleures pratiques, l’accompagnement des territoires en difficultés, la formation initiale et continue des enseignants et des chefs d’établissement.

Cf : https://articles.laprimaire.org/lécole-du-xxie-siècle-2cbcde678321#.s5zv1v8ff

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