Mois : juin 2016

Le 23 juin 2016, les peuples se sont exprimés. Une chose est claire, et il n’était pas nécessaire d’attendre le Brexit pour s’en rendre compte : les citoyens désespèrent de systèmes politiques court termistes, jugés trop technocratiques, qui ne répondent pas à nos difficultés sociales ou sécuritaires. Pour autant, il est à parier que le choix, qu’ont eu l’impression de faire les britanniques, est celui d’une courte récession économique puis d’un redressement de leur pays qui, délivré des contraintes de Bruxelles, aura toute la latitude de commercer, de prospérer et de renforcer sa sécurité. Mais, les leaders du brexit ont-ils véritablement envisagé ce projet ? Sont-ils allés jusqu’à former un programme cohérent, nouveau, ambitieux et réalisable du retour de puissance du petit Etat-Nation au 21e siècle ? Non. Que ce soit les partisans pro-européens ou les partisans du Brexit, aucun véritable projet de société n’a été apporté aux citoyens britanniques. Les partisans du Brexit n’ont fait qu’appeler à la fierté nationale et raviver l’image d’Épinal de l’île invincible, tandis que les pro-européens ont basé leur campagne sur la peur de la guerre et du déclin économique. Les citoyens seront, une fois encore, pilotés par des navigateurs aveugles et qui paieront les conséquences économiques ou morales de cet absence de choix véritable.

En effet, un jeune européen pourrait demander : « que l’on me prouve qu’en revenir aux Etats-Nations peut constituer un projet de société dans ce monde, avec ses mouvements économiques, diplomatiques, au XXIe siècle, qui aille au-delà de l’expression de la simple fierté populaire, et je le considèrerai. Que l’on me prouve que l’Europe peut développer l’homme, poursuivre nos identités, ouvrir le champ des possibles, renforcer notre puissance, incarner le renouveau politique et démocratique et faire réellement face à nos défis les plus grands, et je me battrai pour elle ». Ma génération est née avec l’Europe sans l’apercevoir. Nous avons l’intuition de ce que pourrait être notre grandeur européenne collective lorsque les plus chanceux d’entre nous partent à l’étranger. Nous percevons qu’une société de 500 milions de citoyens, quel que soit le modèle social qu’elle se choisi, aura sa place dans le monde et pourra incarner, à nouveau, un idéal. Ce n’est pas un hasard si les citoyens de 18 à 24 ans ont voté à plus de 60% en faveur du « remain in the EU » comparé aux citoyens de plus de 65 ans qui ont voté à 58% en faveur du « leave the EU ».

Brexit

De nombreux citoyens de ma génération ne peuvent se contenter de batailles politiques sans projet sociétal ancré dans notre temps. Que ce soit en faveur du retour à l’Etat-Nation ou d’une démocratisation de l’Europe, il est urgent que ceux qui aspirent à nous représenter sortent de leurs dogmatismes pour comprendre où sont les mouvements du monde. Le babillage politique qui consiste en l’exacerbation du passéisme ou d’une fierté nationale (rendue possible dans un monde ou la France et l’Angleterre étaient encore des empires) est intenable aujourd’hui où les états-nation européens n’ont plus de colonies. De même, considérer que l’UE est un projet de société en l’état, c’est berner les citoyens. Elle n’a pas de frontières (donc de capacités diplomatique et sécuritaire) définies, ses capacités sont floues, et sa direction l’est tout autant. Allons-nous continuer à inventer l’histoire future avec les berceuses du siècle passé ? Vouloir nous faire admettre que nous ne sommes que Français, Britanniques, ou Allemands est ridicule pour beaucoup d’entre nous aujourd’hui. Si les jeunes citoyens se sentent coincés en France et en Europe, c’est parce que le politique n’a pas eu le courage de donner, ni au niveau national, ni au niveau européen, le sens positif de ce que peuvent devenir nos sociétés dans ce siècle. 40% de la jeunesse française rêve de partir à l’étranger : c’est ainsi que se fait le véritable choix politique aujourd’hui. Nous choisissons des pays qui inventent le XXIe siècle au lieu de le subir. Peut-être est-il temps de se battre pour ne pas avoir, une fois encore, à choisir en 2017 (ou plutôt à ne pas avoir le choix) entre un nationalisme aveugle et décliniste, et un status quo qui se méfie des peuples. Ces deux idéologies ne sont porteuses d’aucun idéal volontaire.

Roxane Revon

Candidate qualifiée à LaPrimaire.org (cliquez pour voir son profil), lectrice à l’Université de la ville de New-York et entrepreneur dans le secteur culturel.

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La globalisation, l’avènement d’une société de la connaissance, l’ « ubérisation » des relations marchandes et le vieillissement de la population sont autant de mutations qui nous imposent de transformer de manière radicale notre modèle social pour l’adapter au monde nouveau. Certains proposent la mise en place d’un revenu universel comme pilier d’un système refondé, et on observe paradoxalement sur cette thématique, une convergence entre la vieille philosophie Étatiste et la vieille philosophie du marché. Elles voient toutes deux dans le revenu universel un moyen de laisser les individus dans le statu quo, soit en les assistant, soit en les abandonnant à leur sort, mais sans jamais leur offrir l’espérance d’accéder à une vie meilleure.

Parce que nous refusons la simplicité médiatique d’une telle solution, nous ne partageons pas l’engouement pour ce revenu universel car de fait, il n’adresse aucun des sujets qui formeront dans l’avenir les grands enjeux de l’autonomie des personnes : la formation, l’activité, la santé, la retraite, etc. En lieu et place, nous prônons une protection sociale universelle et active qui favorise l’autonomie et la croissance. Dans le prolongement des réflexions de Frédéric Bizard[1], nous proposons de passer d’un système qui privilégie les transferts sociaux pour compenser une perte de revenus, à un système qui vise à rendre aux personnes leur autonomie sociale et économique en donnant à chacune une chance égale de développer ses capacités.

Après-guerre, la France a su se reconstruire autour d’un modèle de protection sociale protecteur et généreux. Aujourd’hui, le monde a changé, les aspirations des personnes ont évolué. Le moment est venu de dépasser les injustices sociales en inventant un statut global et universel pour tous les actifs.